La tente est d'abord et avant
tout symbole de refuge, de repos, d'abri. En haute montagne,
lorsque la tempête sévit et empêche toute progression,
la tente est fouettée par le vent et devient bruyante. Les
rafales soufflent une neige si fine qu'elle arrive à pénétrer
dans les vestibules de la tente et par toutes les ouvertures d'aération.
Rapidement, tout le matériel laissé dans les vestibules
est enseveli sous la neige, les chaussures, les sacs à dos
et l'équipement de cuisine.
Lors de ces tempêtes, il
fait très froid. On est donc confiné à
l'intérieur de la tente des heures durant, voire même
des jours. La neige s'entasse sur les côtés de la tente
et l'écrase littéralement. Une simple sortie à
l'extérieur signifie de s'habiller dans cet endroit restreint,
d'ouvrir la porte en laissant ainsi pénétrer inévitablement
froid et neige. Notre chaleur et notre respiration chargée
d'humidité se transforment immédiatement en givre dès
le contact avec l'intérieur de la tente. Au moindre mouvement,
ou rafale de vent, secouant la tente, le givre tombe sur les sacs
de couchage et les vêtements et fond rapidement. Un
sac de couchage mouillé est mortel à ces altitudes.
Une solution existe: brosser. Cela implique qu'il faut tout ranger,
sacs de couchage, vêtements, tout placer dans des sacs imperméables
et s'habiller de nylon pour que le givre ne s'accroche pas aux vêtements
durant la session de brossage. Et ensuite, brosser tout le toit de
l'intérieur de la tente. Il n'est pas rare de récupérer
ainsi un litre de ce givre après quoi on peut se réinstaller
en sachant toutefois que tout sera à refaire dans une douzaine
d'heures. L'intérieur de la tente devient très chargé
d'humidité, ce qui est mauvais pour les équipements
électroniques tels que appareils photo, vidéo, téléphone
satellite, etc. Le mieux est de placer le tout avec soi dans son sac
de couchage. La tempête empêche un bon sommeil, élimine
l'énergie nécessaire à tout plier et descendre.
Descendre devient également dangereux lorsque
cette tempête anéantit toute visibilité, le choix
de l'itinéraire, les crevasses... Également, les rations
de nourriture et d'essence diminuent. Cuisiner devient très
compliqué. Oublions l'idée de cuisiner à l'intérieur
de la tente avec l'évaporation de l'eau qui bout. Cela se fait
dehors ou dans le vestibule, s'assurant que la vapeur sorte vers l'extérieur,
sans toutefois trop ouvrir la porte pour empêcher les rafales
d'éteindre le réchaud. Le temps passe, la situation
devient de plus en plus inconfortable et la haute altitude diminue
les capacités physiques de l'alpiniste. Si
la tempête dure plusieurs jours, ainsi, son abri peut devenir
son tombeau.