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La
voie normale
par le versant Népalais
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| S |
Sommet |
.8850m
.29,035' |
.Le
toît du monde
.5
mai 1999 |
| IV |
Camp
IV |
.8000m |
.Au col sud |
| III |
Camp
III |
.7400m |
.Dans la face du
.Mont
Lhotse |
| II |
Camp
II |
.6500m |
.Dans la combe ouest |
| I |
Camp
I |
.6100m |
.Au dessus de la
.cascade
de glace |
| B |
Camp
de .base
|
.5400m |
.Situé sur la moraine
.du
glacier |
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Cliquez
sur les camps pour voir les images |
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Expédition
1997 Calendrier
des
ascensions effectuées
Total parcouru :
8 250m |
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| Expédition
1999
Calendrier des
ascensions effectuées
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30.08.97
Samedi |
Aujourd'hui,
un hélicoptère nous a transporté
de Katmandu jusqu'à Lukla (2 800m)
avec nos 1 500 kilos de bagages. Vol sans
histoire. À Lukla, on nous a accueillis
en nous offrant un foulard de soie appelé
"kata". C'est une coutume pour souhaiter
la bienvenue aux arrivants. Le kata est aussi
offert en guise de protection contre les dangers
de la montagne. Nous nous sommes tout de suite
mis en route. Quelques heures de marche jusqu'à
Phakding où nous avons dormi. |
31.08.97
Samedi |
| Montée
de 800 mètres de Phakding jusqu'à
Namche Bazar. Ici c'est la fin de la mousson,
cette période des pluies qui rend
le temps très humide. Le ciel est
constamment couvert et déverse
souvent sur nous des pluies fines. Même
quand il ne pleut pas, l'air reste très
humide. Le sentier jusqu'à Namche
Bazar est splendide. Nous longeons une
rivière que nous traversons sur
des ponts d'une hauteur vertigineuse.
Beaucoup de fleurs poussent ici, dont
l'edelweiss, cette fleur généralement
associée aux Alpes. |
 |
Les jardins sont remplis
de choux, d'ail, de pommes de terre. Le transport
du matériel est assuré par des
porteurs et par des "gzo" un animal
issu du croisement de la vache et du yack. Nous
voyons très peu de yacks en chemin car
ils sont encore dans les pâturages d'été.
Le yack est surtout mis à contribution
en haute altitude, après Namche Bazar
pour monter jusqu'au camp de base de l'Everest.
L'altimètre marque aujourd'hui, 3 440m.
 |
04.09.97
Jeudi |
Nous
sommes arrivés à Lobuche (4 930m),
une centaine de mètres plus haut que
le Mont Blanc qui culmine à 4 807 mètres.
Déjà certains effets de l'acclimatation
à la haute altitude se font sentir. Myriam
Leibundgut, un membre de notre équipe,
souffre de sérieux maux de tête.
À cette altitude, il n'y a plus d'arbres.
La prairie himalayenne est recouverte de nombreuses
fleurs le long de la moraine. Le temps est très
nuageux. Notre rendez-vous avec le lama de Thyangboche
pour recevoir sa bénédiction n'a
pas eu lieu puisqu'il était en retraite
fermée. Notre cérémonie
s'est donc tenue à Pheriche (4 243m)
dans un des plus anciens monastères du
Népal. Cinq moines bouddhistes nous ont
reçus et le rite a duré environ
une heure et demie au rythme des chants et de
la musique des tambours et des cymbales. Les
Sherpas sont satisfaits. La bénédiction
est une cérémonie obligatoire
pour tous ceux qui tentent de gravir l'Everest
afin de nous préserver des dangers de
la montagne et éloigner les mauvais sorts.
Hier, nous avons secouru un jeune porteur atteint
de malaises causés par la haute altitude.
Nous l'avons installé à l'intérieur
de notre caisson hyperbare, sorte de sac de
couchage entièrement hermétique
où il est possible de recréer
artificiellement différentes altitudes.
Le jeune porteur y est donc demeuré complètement
enfermé pendant une heure à une
altitude artificielle de 1 800 mètres
alors que nous nous trouvions en réalité
à 4 000 mètres. Ses maux de tête
et ses vomissements ont passé et il a
pu reprendre sa descente en assez bonne forme.
Les bzos ont maintenant laissé
leurs charges aux yacks qui sont plus performants
en haute altitude. Nous sommes tous un peu plus
essoufflés car il y a déjà
environ 30% de moins d'oxygène dans l'air
ambiant. Demain, nous passerons la nuit à
Gorak Shep, (5 286m) nous dépasserons
donc la barre des 5 000 mètres.
Nous nous rendrons aussi au sommet du Kala Pattar
pour une observation de la pyramide sommitale
de l'Everest. Notre Sirdar (chef Sherpa) et
un autre Sherpa qui ont tous deux atteint deux
fois le sommet du Toit du monde pourront nous
donner quelques indications sur certaines étapes
et le trajet final de l'ascension.
En terminant, Nathalie se
porte bien malgré quelques petits maux
de tête qui devraient passer à
mesure qu'elle s'acclimatera. En revanche, Thierry
est très fatigué et doit s'arrêter
à quelques reprises pour se reposer pendant
la progression. Quant à moi, je me sens
très bien jusqu'à maintenant en
dépit du souffle qui se fait légèrement
plus court. Samedi devrait normalement nous
trouver au camp de base...
|
05.09.97
Vendredi |
Partis
de Lobuche (4 930m) ce matin, nous gagnons
Gorak Shep (5 288m) après trois
heures de marche. C'est la dernière étape
avant le camp de base. Le temps est très
très couvert et les pluies abondantes.
Nous apercevons rarement les sommets car tout
le paysage est enveloppé dans les nuages.
Ici à Gorak Shep, nous profitons des
derniers coins de verdure fleurie avant de s'attaquer
demain, à la moraine du glacier du Kumbu
qui nous mènera jusqu'au camp de base.
Des nouvelles de l'équipe. Nathalie s'acclimate
très bien. Légers maux de tête
de temps à autres. Thierry lui, a trouvé
très difficile l'étape jusqu'à
Lobuche. Il a souffert de violents maux de tête
mais rassurez-vous, son état n'est pas
inquiétant. Il a fait un court "
séjour " dans le caisson hyperbare,
cette sorte de sac de couchage ou de ballon
hermétique à l'intérieur
duquel il est possible de recréer des
altitudes artificielles. Il a très bien
récupéré et a pu reprendre
sa marche lentement. Ses maux de tête
se sont calmés. Comme Nathalie, je m'acclimate
très bien et ne souffre encore d'aucun
malaise. L'important est de bien s'alimenter
(l'appétit étant un bon signe
d'acclimatation) et surtout de boire beaucoup.
Le reste de l'équipe se porte bien, certains
étant plus rapides que d'autres. Encore
là, petits maux de tête de temps
à autres. Quant aux Sherpas, ils n'éprouvent
évidemment aucune difficulté reliée
à la haute altitude, étant tout
à fait habitués.
Nous mangeons très bien
depuis le début de la marche d'approche.
La nourriture est succulente, plus que nous
l'aurions cru ou espéré. Les repas
sont principalement composés d'oeufs,
de riz, de pâtes alimentaires, de pommes
de terre et de quelques autres légumes.
Le cuisinier et ses aides qui seront en permanence
avec nous au camp de base, partent un peu plus
tôt le matin et s'arrêtent pour
préparer le dîner. Ils repartent
aussi avant tout le monde en après-midi
pour préparer le repas de l'étape
du soir. Ils font vraiment de l'excellente cuisine.
Nous dormons dans des lodges,
sorte de refuges très rustiques. Plus
nous montons, moins les lodges sont confortables.
C'est pour cette raison que Nathalie et moi
avons préféré installer
une petite tente pour y passer les deux dernières
nuits. Nous avons tous hâte à demain
pour enfin nous retrouver au pied de cette montagne
mythique. |
07.09.97
Dimanche
Arrivée au
camp de base |
Quatre
heures de marche sur la moraine du glacier du
Kumbu entre Gorak Shep et le camp de base. Dès
notre arrivée, nous assistons à
une autre cérémonie religieuse
présidée par un lama qui est également
un alpiniste spécialiste de la cascade
de glace. Le cérémonial a lieu
à l'extérieur, face à l'Everest
et est accompagné de prières,
de chants, d'offrandes, de riz que chacun lance
dans les airs et d'un gâteau au beurre
de yack auquel il faut obligatoirement goûter.
Par la suite, le rituel devient festif. On nous
offre de la farine qu'on se lance à la
figure! Il fallait voir la " raclée
" de farine que s'est pris le lama!!! La
bénédiction suit et le lama nous
enfile une ficelle autour du cou. La fête
se termine alors qu'un alcool de riz et des
pommes de terre frites (avec un léger
goût de crevettes!) sont servis. C'est
alors que la neige s'est mise à tomber.
Il a beaucoup neigé cette nuit et le
camp de base se trouve sous une dizaine de centimètres
de neige.
Ce fut une journée fatiguante.
Encore quelques petits maux de tête chez
certains membres de l'équipe (normaux
à ces altitudes) qui devraient normalement
passer d'ici un ou deux jours. Le camp de base
compte environ une trentaine de tentes: une
tente pour les communications, une pour l'infirmerie,
une autre pour les bagages en plus de celles
pour dormir. La tente-cuisine avait déjà
été installée par les Sherpas
arrivés avant nous. C'est une impressionnante
tente aux murs de pierres. L'endroit est très
propre. Tous les déchets sont redescendus
dans la vallée, on ne néglige
même pas les " rejets humains "
qui sont rapportés dans la vallée
dans des barils de plastique. Nous bénéficions
également d'une tente-douche fonctionnant
à l'aide d'un système de pompes
manuelles. |
08.09.97
Lundi |
Une
équipe de Sherpas est partie faire une
première installation des cordes fixes
et des échelles sur la cascade de glace.
L'équipe se rendra aussi au camp d'altitude
numéro 1 pour y porter un peu d'équipement.
Quant à notre lama spécialiste
de la cascade de glace, il chaussera ses crampons
demain pour aller lui aussi installer les cordes
fixes et les échelles nécessaires
à l'ascension de cette difficile et périlleuse
portion du trajet. Il en profitera pour se recueillir
et attacher sur l'équipement quelques
petits morceaux de tissu en guise de prières.
Il en laissera aussi tomber quelques-uns dans
les crevasses dont certaines atteignent une
centaine de mètres de profondeur.
Nous avons pu apercevoir et surtout
entendre très clairement une avalanche
au-delà de la cascade de glace. C'est
un phénomène très impressionnant
à observer. Aujourd'hui, nous avons installé
notre système de panneaux solaires sur
nos tentes. Quelques heures de travail sont
nécessaires. Quelle satisfaction de se
rendre compte que tout fonctionne comme prévu.
Le matériel n'a souffert d'aucun bris
pendant le transport.
Il y a d'énormes écarts
de température entre la nuit et le jour.
Ce soir, la température extérieure
se situe autour de -5 degrés Celcius.
Par contre le jour, lorsque le soleil se montre,
il est très puissant à cette altitude
et nous pourrions nous asseoir dehors en T-Shirt.
Après demain, nous effectuerons notre
première sortie sur la cascade de glace,
histoire d'aller visualiser un peu l'allure
souvent changeante de ce trajet. |
09.09.97
Mardi |
Journée
passée au camp de base à inventorier
et ajuster notre matériel tout en continuant
notre acclimatation. Nous en avons aussi profité
pour rencontrer les membres d'autres expéditions
présentes. En après-midi, pour
le thé, nous avons reçu une équipe
espagnole qui tentera l'Everest. Cette équipe
est formée de deux alpinistes accompagnés
d'un médecin. Ils ont à leur agenda
tout un programme scientifique. C'était
très intéressant d'échanger
avec eux.
En soirée, ce sont deux
italiens que nous avons reçus pour le
souper. Cette équipe tentera quant à
elle, l'ascension du Lhotse (8 500m). Se
trouve également au camp de base, une
équipe coréenne qui tentera aussi
d'atteindre le sommet du Lhotse. Une équipe
de mexicains devrait arriver dans les prochains
jours pour s'attaquer à l'Everest.
En résumé le camp
de base compte jusqu'à maintenant trois
équipes tentant le sommet de l'Everest:
les espagnols, les mexicains (à venir)
et nous, et deux équipes s'attaquant
au Lhotse: les italiens et les coréens.
C'est donc un camp de base relativement peu
peuplé comparativement à d'autres
années.
Le temps est toujours très
neigeux. |
10.09.97
Mercredi |
Enfin!
Enfin la montagne, enfin les premiers pas sur
la cascade de glace. Nous montons environ 350
mètres. Nous effectuons les premiers
passages à l'aide d'échelles,
ces fameuses échelles. Nous « enjambons
» aussi nos premières crevasses.
Certains passages sont d'une hauteur vertigineuse.
L'accent est vraiment mis sur la sécurité.
Tout est vérifié et planifié
en fonction d'une progression sécuritaire.
Je dois avouer quant à moi que je trouve
cette première sortie en montagne plutôt
amusante, mais surtout, c'est tellement beau!
Au terme de notre montée, nous consacrons
du temps à vérifier le matériel,
histoire de se donner quelque chose à
faire pendant que notre acclimatation suit son
cours.
Il fait une chaleur indescriptible.
On pourrait être en t-shirt si ce n'était
pas imprudent sur le glacier avec l'utilisation
des cordes. Parce qu'il neige abondamment et
qu'il fait très chaud, cela cause des
avalanches. Nous observons fréquemment
des coulées de neige et de roches. Elles
ne sont heureusement pas menaçantes pour
le camp de base ni pour notre tracé d'ascension.
Pendant notre sortie sur la cascade
de glace, les gens restés au camp de
base s'affairent à différentes
tâches. Par exemples, l'installation de
l'hôpital ou encore le réglage
des fréquences des walkies talkies entre
les différentes équipes, les Sherpas,
etc... afin d'éviter toute confusion
et de bien coordonner les communications.
Il a neigé beaucoup
durant la nuit du 9 au 10 septembre.
|
11.09.97
Jeudi |
Laissez-moi
vous parler de la Cascade de Glace que l'on
pourrait décrire comme la peau très
ridée d'un géant où il
y a des crevasses. C'est la fin d'un glacier
au relief labouré, brisé. Le terrain
est en désordre, tumultueux si on peut
dire. D'immenses blocs de glace, des séracs,
tiennent dans un équilibre précaire
et certains pèsent des centaines voir
des milliers de tonnes. Malgré leur poids
extraordinaire, il ne s'agit souvent que d'un
peu de soleil, que d'une vibration du sol pour
qu'ils basculent et tombent. Cela produit un
vacarme assourdissant. On en entend d'ailleurs
jour et nuit de ces séracs qui s'écroulent.
Un glacier, c'est vivant, ça bouge continuellement
et c'est là-dedans qu'il faut à
chaque fois passer pour aller au camp 1 et en
revenir. La Cascade de Glace (ou Ice Falls)
est une paroi plutôt verticale mesurant
environ 700 à 800 mètres. Comme
vous l'avez lu hier, nous y avons effectué
notre première sortie pour vérifier
le matériel et étudier le parcours
proposé par les Sherpas qui en sont des
spécialistes. Les Sherpas y ont installé
des cordes et des échelles.
Un de ces passages avec échelles
est d'ailleurs très impressionnant. Les
Sherpas ont abouté sept échelles
avec des cordes d'escalade ce qui représente
vous vous en doutez, une sacrée hauteur!
Ça bouge, ça branle mais c'est
normalement très fiable. Il y en a à
la verticale, mais il y en a aussi à
l'horizontale pour traverser les crevasses qui
font 50, 60, parfois 100 mètres de profondeur.
Assurés par un mousqueton rattaché
à l'une des deux cordes qui longent l'échelle
comme des rampes, les crampons de fer dérapant
sur l'aluminium des échelles, je vous
assure que nous ne perdons pas notre temps à
les traverser ... avant d'en affronter une autre!
C'est ce qui rend cette partie de l'ascension
périlleuse. Tous les alpinistes détestent
d'ailleurs cette traversée de l'Ice Falls.
Selon notre planification d'ascension, nous
aurons à y faire 6 allers-retours, soit
12 traversées en montant ou en descendant
car c'est l'obstacle qui se dresse entre le
camp de base et les camps d'altitude.
Petite anecdote. En montant hier,
nous avons croisé notre lama qui avait
présidé la cérémonie
de bénédiction dès notre
arrivée au camp de base. Je vous rappelle
qu'il est un spécialiste de la Cascade
de Glace. Il avait encore dans une oreille un
peu de la farine que nous lui avions lancée
à la fin du rituel...!
Demain, nous allons à nouveau
franchier la Cascade de Glace pour aller porter
du matériel au camp 1 (6 150m) ,
y installer un campement rudimentaire et y passer
la nuit. Cela devrait poursuivre notre acclimatation.
Nous reviendrons au camp de base samedi.
Comme je l'ai mentionné,
nous mangeons très bien ici. La nourriture
est excellente et très bien présentée.
Le chef-cuisinier a déjà travaillé
une dizaine d'années dans un hôtel
de Katmandou et il nous sert de petits beignet
aux pommes, différents types de pains,
des gâteaux, du pop corn, c'est très
varié. De plus les équipes présentes
s'invitent l'une et l'autre et chacune offre
une spécialité. Ce qui est étonnant,
c'est que même si nous sommes au pied
de la plus haute montagne du monde, il s'y est
installé un confort relatif. L'ascension
nous oblige à soutenir un gros effort
pendant des jours. Et lorsqu'on revient au camp
de base, c'est comme si on retrouvait la vie,
la chaleur, la bonne table.
|
12.09.97
Vendredi |
Aujourd'hui,
des nouvelles de Nathalie.
L 'équipe et Bernard sont
partis vers 8h pour le camp d'altitude numéro
1. Ils ont de nouveau traversé la Cascade
de Glace et sont arrivés au camp 1 vers
midi. Ils y dormiront pour poursuive leur acclimatation.
Nous avons écouté les walkies-talkies
toute la journée pour assurer un lien
entre les alpinistes et le camp de base. J'aurai
d'ailleurs la radio avec moi toute la nuit.
Tout est calme aujourd'hui au camp de base.
J'en ai profité pour recharger les batteries,
lire un peu et me reposer. Bernard mentionnait
qu'il a des maux de tête aujourd'hui.
Il s'adapte beaucoup mieux que moi à
l'altitude cependant. La nuit, je me réveille
avec de très gros maux de tête.
Comme Bernard l'expliquait hier à l'émission
de Marie-France Bazzo, cela est dû au
fait que pendant le sommeil, le rythme respiratoire
ralentit ce qui provoque une déficience
en oxygénation du cerveau. Nous nous
réveillons pour prendre quelques profondes
respirations.
Nous avons eu des nouvelles
radio de nos amis Lise et Michel Perron et Tim
et Audrey Kenny qui sont présentement
en route pour le camp de base. Ils ont dîné
à Tughla et devraient dormir à
Lobuche ce soir. Thierry et le responsable des
Sherpas ici au camp de base sont partis à
leur rencontre. Normalement ils devraient rejoindre
le camp de base d'ici deux jours, soit dimanche
au plus tard. On les attend avec impatience.
|
15.09.97
Lundi |
Quelle
journée bien remplie. Pour commencer,
nos deux amis Michel Perron (principal commanditaire
de l'expédition) et Tim Kenny sont arrivés
au camp de base. Un bel exploit en soi pour
ces deux sexagénaires. Michel est exténué,
il dort présentement ayant trouvé
le trek très éprouvant. Tim quant
à lui est pleine forme. Nous avons fêté
leur arrivée en ouvrant une bouteille
de champagne. À cette altitude, avec
la pression, je peux vous dire qu'un bouchon
de liège ne se fait pas prier pour sauter.
Il restait peu de champagne dans la bouteille
mais ça n'a affecté en rien la
beauté du moment.
Thierry est continuellement occupé
à soigner tout le monde au camp de base.
Un des alpinistes italiens est malade, un des
basques souffre de problèmes d'altitude,
Thierry n'arrête pas. Je parie que la
file d'attente est cependant moins longue ici
que dans les hôpitaux du Québec!!!
En ce qui concerne Nathalie, aujourd'hui
elle a ouvert ses tubes de peinture (antigel,
S.V.P.!) et peint les montagnes environnantes.
Je n'ai pas encore réussi à admirer
les résultats, puisque de façon
intriguante, je ne trouve pas les toiles. Elles
sont roulées quelque part et j'ai beau
chercher, elles restent secrètement rangées....
Pour ma part, notre équipe
est retournée au camp 1. Un autre aller-retour
sur la Cascade de Glace, d'autres passages sur
les échelles dont une commence sérieusement
à s'incliner vers la droite, au-dessus
de la crevasse. Dois-je ajouter que je ne l'aime
pas tellement celle-là.
Les Sherpas ont atteint pour la
première fois le camp 2 aujourd'hui.
Ce n'est pas une mince affaire avec les chutes
de neige abondantes. Ils ont d'ailleurs dû
trouver un autre itinéraire car le premier
qu'ils avaient tracé a été
le théâtre d'avalanches. L'ascension
fut difficile pour eux, chargés qu'ils
étaient de leurs sacs à dos contenant
le matériel et marchant dans une couche
de neige leur arrivant à la mi-cuisse.
Notre équipe sera donc en mesure d'aller
au camp 2 dans deux ou trois jours. Nous retournerons
au camp 1, prendrons le matériel déposé
là et monterons au camp 2. Les Sherpas
détestent dormir au camp 2. C'est vrai
que c'est une partie avalancheuse et ils préfèrent
marcher plusieurs heures de plus pour éviter
d'y dormir.
La fin de la mousson provoque
de grands écarts de température.
En nous réveillant tôt le matin,
c'est frais, il fait autour de -8 degrés
Celcius. Puis vers 9 heures, le soleil sort
de derrière la montagne et la température
s'élève jusqu'à environ
13 heures et la chaleur devient insupportable.
On se croirait sur une plage de la Martinique.
C'est très chaud. Nous en profitons à
ce moment pour utiliser notre tente-douche.
En après-midi, les nuages
remontent de la vallée et le temps se
fait très changeant. Il pleut, il neige,
dix minutes plus tard il fait très chaud
et puis il neige à nouveau. Vraiment
instable comme température. C'est à
n'y rien comprendre. Toute l'étendue
de notre garde-robe est mise à contribution,
du t-shirt aux trois épaisseurs de laine
polaire.
|
16.09.97
Mardi |
Nous
passons la journée en compagnie de Messieurs
Perron et Kenny. Nous visitons les autres expéditions
en place au camp de base. Ils ont donc l'opportunité
de rencontrer les membres des équipes italienne
et espagnole. Toute notre équipe est au
camp de base pour prendre du repos de sorte que
nos amis ont pu échanger avec chacun des
coéquipiers. Aujourd'hui les Sherpas ont
reçu une formation pour l'utilisation des
appareils ARVAS, sorte de petit émetteur
porté sur soi et qui sert à localiser
une personne qui aurait été ensevelie
sous une avalanche. |
17.09.97
Mercredi |
Départ
de nos amis Perron et Kenny qui retournent rejoindre
leurs conjointes Lise et Audrey restées
un peu plus bas dans la vallée. Après
leur départ, nous nous affairons à
la réparation de certaines pièces
d'équipement entre autres, guêtres
et vêtements déchirés...
Nous occupons notre journée avec un peu
de couture, un peu de lecture et en écoutant
de la musique. La patience est une règle
d'or dans les expéditions himalayennes,
il faut savoir attendre.
Les Sherpas partis installer le
camp 2 sont de retour au camp de base. Ils y
restent pour quelques jours afin de se reposer
un peu à leur tour. Pendant qu'ils étaient
au camp 2, nous en avons profité pour
faire avec eux, les tests et les réglages
des walkies talkies. Les communications entre
le camp de base et les camps 1 et 2 s'effectuent
ainsi sans aucun problème.
La température est toujours
aussi exécrable. C'est couvert et il
neige. Pour compenser, ce soir nous nous gâtons
avec un repas « à la Petit Extra
», c'est-à-dire, Mesdames et Messieurs,
que nous souperons d'un succulent gésier
de canard confit (lyophilisé) que Jean
Filippi a amicalement préparé
pour nous. J'en rêve déjà.
|
18.09.97
Jeudi |
Encore
une fois, je vous retrouve au camp de base.
J'ai très hâte d'aller dormir pour
qu'enfin arrive demain. Nous partirons pour
le camp 2 (6 450m) demain matin vers 4h30,
avant le lever du soleil afin de passer le plus
tôt possible la Cascade de Glace qui devient
instable sous l'action de la chaleur. Pour tromper
l'attente, tout le monde lit. Comme le disait
Marie-France Bazzo lors de notre appel de ce
matin, c'est une sorte de Salon du livre au
pied de l'Everest.
Aujourd'hui, l'équipe mexicaine
est arrivée au camp de base. Cette équipe
est composée de mexicains bien sûr,
mais aussi de péruviens, de colombiens
et d'américains. Depuis quelques jours
nous observions avec beaucoup d'intérêt
et d'étonnement les Sherpas installer
à grands frais la Cascade de Glace pour
cette équipe. Nous ne pouvions faire
autrement que d'être impressionnés
par les moyens déployés. Nous
évaluions les coûts à plusieurs
dizaines de milliers de dollars.
Les mexicains sont enfin arrivés...
exténués. Toute l'équipe
avait trouvé le trek jusqu'ici très
éprouvant. Lorsque les Sherpas leur ont
indiqué où était la Cascade
de Glace, ce terrain labouré et qu'ils
ont compris ce que représentait l'ascension
de l'Everest, ils ont renoncé! Ils ont
dit non, ce n'est pas pour nous, c'est trop
difficile, on remballe et on repart! Ils quitteront
le camp de base demain. Le fameux lama spécialiste
de la Cascade de Glace, vous vous souvenez,
celui à la farine, c'est lui qui était
responsable d'ouvrir le passage dans la Cascade
de Glace pour cette équipe. Et bien il
doit tout démonter. Il continuera certainement
d'être très occupé dans
les prochains jours.
C'est tout de même une nouvelle
peu réjouissante pour les alpinistes
ici. Même si l'on dit parfois de l'Everest
que c'est une vraie « autoroute »,
qu'il y a de plus en plus de gens qui tentent
d'atteindre ce sommet si convoité, ce
n'est pas vrai cet automne. Et il faut dire
que le nombre aide à l'ascension. C'est
aussi plus sécurisant. Parfois ça
peut nuire, car les pistes sont encombrées.
Mais ça aide pour tracer le trajet, ça
aide en cas de pépin, il y a plus de
Sherpas pour le transport du matériel
et pour ouvrir les pistes.
En tout, nous ne serons que 14
alpinistes à tenter de toucher le Toit
du monde. Et de toute évidence, tous
ne réussiront pas. Combien auront le
privilège de se tenir debout sur le sommet
de l'Everest? À vous de spéculer...
|
19.09.97
Vendredi |
Des
nouvelles de Nathalie...
Après la journée
d'hier consacrée à la préparation
des derniers bagages, l'équipe et Bernard
sont partis vers 5 heures ce matin en direction
du camp 2 (6 450m). Chemin faisant, ils
se sont arrêtés quelques minutes
au camp 1 pour ramasser le matériel déposé
là lors de leurs deux montées
précédentes.
Nous avons été régulièrement
en communication avec les grimpeurs aujourd'hui.
Ils ont atteint le camp 2 vers 17 heures. Ils
y dormiront ce soir. Quand je lui ai parlé,
Bernard semblait très fatigué.
La montagne prend son dû. À cette
hauteur, il y a environ la moitié moins
d'oxygène qu'à Montréal
par exemple. Demain, l'équipe devrait
redescendre au camp 1 pour prendre le reste
du matériel et revenir au camp 2 passer
une autre nuit. Si la température le
permet, ils en profiteront aussi pour ouvrir
une partie du tracé vers le camp 3. Selon
l'horaire établi, nous devrions les retrouver
au camp de base dimanche.
Une triste nouvelle... Thierry
a passé la nuit d'hier et une partie
de la matinée auprès d'un membre
de l'équipe coréenne victime d'une
hémorragie. Il a d'ailleurs dû
être évacué par un hélicoptère
arrivé au camp de base en après-midi
et qui l'a emporté vers un hôpital
de la vallée. Nous lui souhaitons tous
le meilleur des rétablissements.
Un des six Sherpas d'altitude,
Dorjee, a travaillé sur le tournage d'un
film Imax ici à l'Everest. Le film devrait
sortir en salle au Québec au printemps
prochain.
Quant à moi, journée
de repos et de lecture. J'ai déjà
lu un livre complet. Ça fait du bien!
J'ai aussi assuré les communications
entre le camp de base et les grimpeurs pendant
la journée. Nous les suivons à
la trace. Cela aide à calmer les petites
inquiétudes... |
22.09.97
Lundi |
De
retour au camp de base après deux nuits
passées au camp 2. J'ai très bien
dormi là-haut. Jusqu'à maintenant,
je m'adapte bien à l'altitude. Certains
membres de l'équipe ont cependant souffert
de maux de tête et d'hallucinations durant
la première nuit. La deuxième
nuit s'est beaucoup mieux déroulée
pour tout le monde. Dans quelques jours, nous
tenterons d'atteindre le camp 3 pour y passer
une nuit, nous redescendrons le lendemain dormir
au camp 2 et ensuite, nous reviendrons au camp
de base. Cette fois, ce sera le branle-bas de
combat car nous préparerons le matériel
pour remonter aux camps d'altitude et tenter
le sommet à partir du début d'octobre.
Pour employer une image, l'ascension de l'Everest
s'effectue un peu comme un Yo-Yo qui remonterait
chaque fois un peu plus haut.
Voulez-vous encore des nouvelles
de la Cascade de Glace? En redescendant du camp
2, il m'est arrivé une aventure étonnante
lors d'un passage sur une échelle surplombant
une crevasse. J'étais seul à ce
moment, mes coéquipiers étant
à quelque distance. Au milieu de la traversée,
exactement au-dessus de la crevasse, une de
mes bottes est restée coincée
après l'un des barreaux. J'avais beau
tirer de toutes mes forces pour décoincer
les crampons, rien à faire. Je recule
d'un pas pour poser le pied sur le même
barreau et ainsi me donner un meilleur appui
pour pousser, voilà que la deuxième
botte reste prise à son tour! Je suis
là, seul, debout sur une échelle
instable au-dessus du vide et j'ai les deux
pieds cadenassés à un barreau.
Une seule solution possible. Je me penche, je
délace mes chaussures, je les retire
et je complète la traversée...
en chaussettes! Pas besoin d'ajouter que c'était
plutôt froid, et assez glissant. Je n'arrivais
pas à y croire. J'étais assis
sur la Cascade de Glace avec devant moi une
échelle tendue au-dessus du vide et je
pouvais observer mes deux chaussures trônant
sur le gouffre. Un Sherpa est arrivé
et nous servant de son piolet comme bras de
levier, étendu de tout mon long sur l'échelle
pour l'aider, nous avons réussi après
plusieurs minutes à décoincer
mes fameuses chaussures.
Ce n'est pas tout. Ce midi, pendant
le repas, nous étions tous ensemble dans
la tente. Un fort bruit d'éboulis se
fait entendre. Comme cela arrive fréquemment
ici, personne ne réagit vraiment mais
une des personnes se trouvant près de
la porte sort et rentre aussitôt en nous
pressant de sortir. À deux kilomètres
au-dessus de nos têtes, un pan entier
de l'épaule sud-ouest de l'Everest s'est
détaché en entraînant avec
lui des centaines de tonnes de neige. Une imposante
avalanche s'est déclenchée causant
un souffle d'une force incroyable sur le camp
de base. Une panique s'est emparée de
nous tous. Sherpas, ouvriers, alpinistes, tout
le monde s'est mis à crier et à
courir (évidemment dans le sens contraire
de l'avalanche!) pour se réfugier derrière
des rochers. Chacun essayait de se couvrir le
visage avec un bout de tissu pour parvenir à
respirer. Le ciel s'est obscurci et en quelques
minutes, 2 à 3 pouces de neiges se sont
abattus sur le camp de base. Je peux vous dire
que ça fait tout un effet de se trouver
dans une tempête qui s'abat soudainement
sur vous et qu'on ignore quand et surtout SI
cela va s'arrêter.
Heureusement, personne n'a été
blessé et le camp de base n'a subi aucun
dommage. Les tentes ont tenu le coup sous la
violence du déplacement d'air et le matériel
est en parfait état. Il faut se rappeler
qu'il y a quelques années, le souffle
d'une avalanche partie exactement du même
endroit avait littéralement rasé
le camp de base et arraché toutes les
tentes. Il n'y avait eu aucun blessé
ni décès, mais d'énormes
pertes de matériel.
Être témoin d'un
avalanche aussi spectaculaire est réellement
une vision époustouflante, apocalyptique.
La traînée de neige et de roches
partie de l'épaule sud-ouest devait faire
environ un kilomètre de largeur. Nous
nous en tirons simplement avec une bonne frousse,
ce qui est somme toute une conclusion plutôt
heureuse.
|
24.09.97
Mercredi |
Des
nouvelles de Nathalie...
Ce matin, départ de Bernard
pour le camp 2. Il a complété
le trajet en 4 heures 30 minutes environ. Il
était très satisfait de son temps
d'ascension. Cela signifie que son métabolisme
s'est très bien adapté à
l'altitude et qu'il est capable de fournir un
effort soutenu sans éprouver trop d'inconfort.
Il dort là ce soir et monte demain au
camp 3 pour une autre nuit. Cette étape
au camp 3 rend Bernard un peu nerveux. Les avalanches
de ces derniers jours sont la cause de ses appréhensions.
Le camp 2 est relativement sécuritaire.
Il n'est pas dans le corridor d'avalanche. La
position du camp 3 comporte plus de risques.
Bernard doit être de retour au camp de
base vendredi.
Hier nous avons été
témoins d'une autre gigantesque avalanche
partie du même endroit que celle de lundi.
Il y en avait eu une pendant la nuit moins importante.
Celle d'hier après-midi était
la plus impressionnante. La vague de neige dévalant
vers nous devait mesurer au moins 3 kilomètres
de largeur. Une fois de plus, la panique s'est
emparée de tout le camp de base. Bernard
faisait la sieste sous la tente à ce
moment. Il est sorti en catastrophe ne prenant
ni le temps de se vêtir ni de se chausser.
C'est donc en sous-vêtements et les pieds
nus qu'il s'est mis à courir sur les
roches pour aller se mettre à l'abri
derrière un rocher. Le ciel s'est obscurci
en quelques instants. Je vous assure que le
souffle que produit ces centaines, voire ces
milliers de tonnes de neige qui se décrochent
à 7 800m de hauteur pour se ruer
jusqu'à la Cascade de Glace, est d'une
violence incroyable. Il a balayé le campement
pendant une quarantaine de secondes. Quelques
pouces de neige sont tombés en l'espace
de quelques secondes. C'était vraiment
une vision de fin du monde. Pendant ces minutes,
on se demande sérieusement si nous allons
nous en tirer. La chance nous accompagne cependant
puisqu'il n'y a pas eu de blessé ni de
perte de matériel ou de tente. Qui a
dit que le camp de base de l'Everest est un
endroit tout à fait sécuritaire?
Pas ces derniers jours en tout cas...
De plus en plus on peut observer
que c'est la fin de la mousson. Hier et aujourd'hui,
il n'y avait pas de nuages dans le ciel. Les
importantes chutes de neige et le nombre relativement
peu élevé d'équipes présentes
ont ralenti l'installation des camps d'altitude.
Il est plus ardu d'ouvrir les pistes dans toute
cette neige qui monte jusqu'à la taille,
surtout lorsqu'il faut transporter du matériel.
On vit dehors continuellement. En plein air
ou sous la tente, la température est
la même. L'air ambiant est très
humide. Heureusement, nous avons de bons sacs
de couchage qui nous gardent au chaud.
|
26.09.97
Vendredi |
Parti
le premier du camp 3 situé à 7 300m
(environ 24 000 pi.) ce matin vers 7 heures
30, je suis de retour au camp de base après
une nuit très difficile, sans sommeil.
C'était très froid ce matin, environ
-20 Celcius. Le camp 3 est un endroit que je
n'aime pas. Nous avons campé sous un
sérac, sur une plate-forme que les Sherpas
ont taillée à la pelle pour pouvoir
monter les tentes. C'est très étroit
comme campement. D'ailleurs en sortant de la
tente, une passerelle mesurant à peine
une quarantaine de centimètres de largeur
surplombe une crevasse.
En contrebas ce n'est pas le vide
complet mais c'est une sacrée pente.
Je comprends mieux maintenant pourquoi les Sherpas
refusent d'y dormir. Il y a quelques années,
un japonais ayant mis le feu à sa tente
en utilisant son réchaud, était
sorti en vitesse sur la corniche sans ses chaussures.
L 'erreur lui fut fatale puisqu'il est tombé
dans la crevasse. C'est également un
endroit frustrant car nous ne sommes qu'à
1500 mètres du sommet. Mais nous devons
redescendre car aucun d'entre nous n'est encore
prêt à tenter le sommet.
À 24 000 pieds d'altitude,
il ne reste que la moitié d'oxygène
dans l'air. C'est une étape obligatoire
pour continuer notre acclimatation. La montagne
a ses exigences qu'on doit patiemment respecter.
Ce qu'il y a d'extraordinaire cependant, c'est
qu'en prenant de l'altitude, on dépasse
le Pumori qui culmine à 7 145 mètres
et nous apercevons le sommet du Cho Oyu (8 153
m). C'est donc dire que le paysage se dégage,
que l'horizon s'ouvre lentement devant nos yeux.
C'est vraiment très beau.
De retour au camp de base donc,
après une journée très
éprouvante physiquement. Je suis arrivé
vers 13 heures 45 après m'être
arrêté au camp 2 et au camp 1 pour
me reposer et m'hydrater le plus possible. Heureusement,
j'ai été en mesure de manger un
peu là-haut, mon appétit ne me
faisant pas tout à fait défaut.
Cela n'a pas été le cas pour tout
mes compagnons. Certains avaient des nausées
qui allaient même jusqu'au vomissement.
Dans ces conditions, la fatigue vous gagne rapidement.
Nous sommes ici pour plusieurs jours afin de
refaire nos forces avant l'assaut sommital et
pour permettre aux Sherpas de terminer l'installation
du dernier camp d'altitude, le camp 4 situé
à 8 000 mètres. Cet arrêt
de quelques jours est très bienvenu.
|
29.09.97
Lundi |
Nous
avons appris aujourd'hui que le camp 3 où
nous avons passé la nuit de jeudi dernier
a été balayé par des vents
d'une force effroyable. Notre tente a été
déchirée, celle des espagnols
également. Même au camp 2, une
grande tente appartenant aux japonais a été
arrachée. Tout le monde attend au camp
de base que le temps se calme un peu. Même
les Sherpas sont bloqués ici. Il y aura
donc d'autres tentes à remonter au camp
3 et certainement un peu de pelletage dans la
neige pour dégager la corniche sur laquelle
nous campons.
En attendant, équipes
de grimpeurs et Sherpas cohabitent au camp de
base. Les Sherpas sont extrêmement gentils.
On parle beaucoup avec eux. Ils sourient tout
le temps, ils jouent aux cartes. L'un d'entre
eux a touché le Toit du monde à
six reprises! Tôt le matin, ils se lèvent
et commencent à préparer le petit
déjeuner en nous réveillant doucement
avec leurs sifflements et leurs chants. La plupart
sont assez jeunes et eux aussi sont loin de
leurs familles. On échange sur tous les
sujets; l'amour, l'éloignement, la montagne.
On prend nos repas avec eux et nous découvrons
le rythme auquel ils vivent, ils observent le
nôtre. On partage de très beaux
moments ensemble.
Une seule ombre au tableau: l'agent
de liaison. C'est un fonctionnaire du gouvernement
népalais qui se promène sur place
pendant toute la durée de l'expédition
et qui épie tout ce que chacun fait.
Son seul rôle: avertir son gouvernement
de la réussite des grimpeurs ayant atteint
le sommet, avant même que nous puissions
diffuser la nouvelle à nos familles ou
aux médias de nos pays respectifs. Il
s'enquiert de chaque pas et geste de tous le
monde et donne son avis «éclairé»
sur ce que nous faisons. Sa compagnie est totalement
désagréable.
Nous devions repartir dans quelques
jours. Nous en sommes empêchés
par la mauvaise température. Nous ne
sommes pas en retard sur l'horaire initial prévu
mais notre départ pour l'assaut final
est repoussé de quelques jours. Nous
aurons probablement à patienter jusqu'à
la fin de la semaine que les conditions météorologiques
s'améliorent. J'ai l'impression d'être
un coureur sur les blocs de départ et
que le coup d'envoi ne se fait pas entendre.
Je suis impatient de me mettre en route. En
attendant, je refais mes forces, je regarde
le spectacle grandiose des séracs qui
basculent dans la Cascade de Glace, je révise
et prépare mon matériel une fois
de plus, j'écoute les chants et les sifflotements
des Sherpas. Je suis prêt. Je suis attentif
au «O.K.» que devraient nous donner
la montagne et la météo.
|
01.10.97
Mercredi |
Toujours
"captifs" du camp de base. Le temps
est vraiment mauvais. Là-haut, les vents
violents continuent de malmener les campements
d'altitude. Le ciel est couvert et il neige
beaucoup. C'est apparemment le fait du changement
de Lune. On ne sait toujours pas quand il nous
sera possible de démarrer les tentatives
sommitales.
Pour passer le temps, les gens
vont marcher au pied de la Cascade de Glace.
Ce glacier en mouvement perpétuel cache
dans ses replis une multitude d'objets et de
souvenirs. Chose étonnante, nous y avons
trouvé un morceau de carton marqué
du logo «EVEREST 82». Savez-vous
d'où provient ce bout de carton? De la
première expédition canadienne
à l'Everest! Quinze ans séparent
cette expédition et la nôtre...
Un alpiniste italien, Fausto de
Stephano, s'intéresse aux anciennes pièces
de matériel de montagne. La Cascade de
Glace est pour lui une vraie mine d'or. Il a
réussi à rassembler une centaine
d'objets retrouvés lors de ses promenades
sur le glacier. Autour de sa tente, étalées
sur de grandes roches plates, ces vieilles pièces
de matériel composent un véritable
petit musée d'histoire de l'Everest.
On peut y admirer de vieilles vis à glace,
des bouts de corde, d'anciens mousquetons, des
pics à glace en bois (!) et des crampons
qui doivent avoir au moins une quarantaine d'années.
Keta, le médecin espagnol
qui supervise avec Thierry la tente-hôpital,
collectionne lui aussi les vieux souvenirs qu'offre
la Cascade de Glace. Il cherche surtout des
pièces d'équipement médical.
Il a trouvé un très vieux stéthoscope,
des pinces, des ciseaux, etc... On dirait qu'il
est à la recherche de toutes les anciennes
trousses de premiers soins que le glacier a
transportées! Comme Fausto, Keta a monté
un petit musée près de sa tente.
C'est fascinant de regarder ces objets ayant
appartenu à des expéditions précédentes.
Autre passe-temps, les repas.
Comme toutes les équipes sont en attente
ici au camp de base, nous continuons de nous
inviter les uns et les autres pour échanger
autour d'un bon repas. Ce matin, les espagnols
sont venus prendre le petit déjeuner.
Ils sont arrivés avec du jambon et des
saucissons du pays de Navarre, la région
d'où ils sont originaires. Faut-il vraiment
préciser que c'était excellent?
Nous avons bien évidemment sorti le sirop
d'érable qui connaît toujours beaucoup
de succès.
Nous essayons de passer le temps
de mille et une manières. La montagne,
elle, continue de nous enseigner la patience. |
06.10.97
Lundi |
Des
nouvelles de Nathalie...
Hier, quatre membres de l'équipe
et Bernard sont montés au camp 2. Ils
y ont passé la nuit et ont atteint aujourd'hui
le camp 3 (7 300m) en faisant leur chemin
dans une température exécrable.
Il a beaucoup neigé là-haut. Bernard
et le Sherpa Passang ont dû pelleter pendant
près de deux heures et demie pour dégager
la tente. Une terrible tempête sévit
au camp 3 et une de nos tentes a été
très endommagée de sorte que deux
alpinistes ont demandé aux japonais et
aux coréens la permission d'utiliser
leurs tentes. Les compagnons de Bernard au camp
3 sont Yvan Estienne, Marie-Christine Contino,
Yannick Navarro et Michel Pellé. Ce dernier
a finalement décidé de tenter
le sommet avec oxygène.
Comme il a déjà
atteint le sommet lors d'une expédition
précédente, il accorde cette fois-ci
la priorité au film qu'il tourne sur
l'expédition plutôt qu'à
une tentative sommitale sans oxygène.
Un des Sherpas, Dorjee, est de
retour de Namche Bazar où il rendait
visite à sa conjointe qui connaissait
des ennuis de santé. Il est monté
au camp 2 aujourd'hui, et il tentera de rejoindre
le reste de notre équipe pour l'assaut
sommital. Demain, si la température le
permet l'équipe essaiera de se rendre
au camp 4 (8 000m).
Bernard disait se sentir nerveux
aujourd'hui, il ressentait une espèce
de trac. Je suis certaine que les efforts fournis
pour la montée et pour déneiger
la tente ont canalisé ses énergies
et son attention et qu'il se sent plus calme
à présent. Il a emporté
avec lui deux bouteilles d'oxygène qui
lui procureront approximativement 16 heures
d'autonomie à raison d'un débit
moyen de deux litres à la minute. Cela
devrait être suffisant pour aller jusqu'au
sommet à partir du camp 4 et en revenir.
C'est là la seule réserve d'oxygène
qu'il utilisera. Aucune autre dépose
de bouteilles n'a été faite. Selon
la planification d'ascension, la tentative sommitale
devrait se faire dans la nuit du 8 au 9 octobre.
Pourvu que la météo nous entende... |
08.10.97
Mercredi |
Le
croirez-vous? Nous sommes de retour au camp
de base!!! Quelle déception...
Partis du camp 2 lundi avec de
forts vents comme compagnons de route, nous
sommes arrivés au camp 3 après
une pénible montée en pente raide.
Plus nous prenions de l'altitude, plus il ventait
fort. Une imposante besogne nous attendait au
camp 3. Il fallait dégager les tentes
brisées et ensevelies sous la neige.
Nous avons dû travailler durant plus de
deux heures à pelleter dans une neige
très dure pour y avoir accès.
Nous n'étions pas au bout de nos peines.
Entassés dans cet étroit réduit,
les parois de la tente écrasées
par la neige, nous étions dans nos sacs
de couchage comme dans des cercueils, pendant
que dehors sévissait la tempête.
Et laissez-moi vous dire qu'il y en a eu une
véritable! Les vents du Jet Stream soufflaient
certainement au-delà des cent kilomètres
à l'heure et nous plaquaient littéralement
le toit de la tente au visage. De la face du
Lhotse se détachaient des morceaux de
glace atteignant parfois la grosseur d'un poing
fermé et qui tombaient sur nos tentes.
On espérait que les morceaux restent
de cette dimension-là. C'était
insupportable. Dans le bruit infernal des vents
on n'arrivait pas à s'entendre d'une
tente à l'autre et nous devions utiliser
nos walkies talkies pour communiquer. Nous nous
sommes alors dit qu'il fallait d'urgence redescendre.
Ce que nous avons fait très tôt
en fin de nuit mardi matin. Nous n'étions
plus en sécurité à 7 300
mètres.
En redescendant, nous avons constaté
que le camp 2 avait été ravagé.
Il n'y avait que des débris. Une vraie
désolation. Toutes les expéditions
sont à présent en sécurité
au camp de base. Cet automne, personne n'a encore
atteint le sommet de l'Everest ni celui du Lhotse.
Nous devons attendre une nouvelle accalmie dans
la météo. Toutes les équipes
ici présentes doivent se consulter pour
discuter des possibilités d'un nouveau
calendrier d'ascension.
Fort heureusement, aucun grimpeur
n'a été blessé dans cette
mésaventure. Le moral n'est pas des meilleurs
par contre. La tension est vive ici au camp
de base. Demain (jeudi) nous aviserons à
savoir si une nouvelle tentative sommitale peut
être envisagée pour le week-end
prochain, après bien sûr, avoir
fait le bilan des dégâts matériels.
Mais vu d'ici, lorsqu'on observe le Col Sud,
rien n'est moins certain. Le temps est toujours
pourri là-haut.
Dernières informations.
L'équipe espagnole semble vouloir abandonner
l'ascension de l'Everest.
Si notre équipe décidait
d'un nouvel essai, l'équipée serait
composée de Yvan Estiennne, de Yannick
Navarro, de notre Sherpa Dorjee, de 2 membres
de l'équipe espagnole qui souhaiteraient
se joindre à nous et de moi-même.
On vous garde informés. |
10.10.97
Vendredi
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