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Où
est l'Everest ?
Vous pouvez cliquer sur
la carte afin d'en agrandir ou d'en diminuer
l'échelle.
Maps
by

www.expediamaps.com
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La
voie normale
par le versant Népalais
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| S |
Sommet |
.8850m
.29,035' |
.Le
toît du monde
.5
mai 1999 |
| IV |
Camp
IV |
.8000m |
.Au col sud |
| III |
Camp
III |
.7400m |
.Dans la face du
.Mont
Lhotse |
| II |
Camp
II |
.6500m |
.Dans la combe ouest |
| I |
Camp
I |
.6100m |
.Au dessus de la
.cascade
de glace |
| B |
Camp
de .base
|
.5400m |
.Situé sur la moraine
.du
glacier |
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Cliquez
sur les camps pour voir les images |
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Expédition
1999 Calendrier
des
ascensions effectuées |
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| "Encore
une fois...
Comme par le passé, l’aventure
renaît en moi. Elle grandit toujours plus vite
et plus forte que je ne l’envisageais. Encore
une fois, le défi m’habite et me pousse
au loin. Très jeune je regardais la colline en
me demandant jusqu’où porterait mon regard
si j’étais sur son sommet. J’ai grandi,
la colline aussi.
Je croyais que l’expérience
m‘éviterait le serrement de gorge que provoquent
les derniers préparatifs. J’étais
assuré cette fois-ci, d’un climat un peu
plus détendu et calme pour préparé
mon sac à dos. Persuadé de bien dormir,
de prendre le temps d’arroser mes plantes avant
le départ, d’offrir à ma mère
ma salade et mon litre de lait avant de fermer le réfrigérateur.
Il n’en est rien. Encore une fois, je cours, je
parle vite et trop, j’oublie le parcomètre
et repousse mes rendez-vous. Mais encore une fois, je
savoure tout le plaisir que j’éprouve à
partir.
Partir pour aller loin, partir
pour aller haut, partir pour revenir."
Bernard
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Les extraits du journal de bord
de l’expédition sont écrit
par Nathalie Tremblay
conjointe de Bernard et témoin privilégié
elle assure la coordination de l’expédition
depuis le camp de base au pied de l’Everest.
Tous les moyens sont utilisés pour transmettre
le plus fidèlement possible l’ascension
de Bernard et Dorjee sur le toit du monde: cahier
de note, tablette à dessin, appareil
photos, caméra vidéo, magnétohone,
walkie talkie, téléphone satellite... |
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C’est Nathalie qui
la première fut informée de la réussite
de l’équipe. Le
5 mai 99 à 12:10 Dorjee pris le walkie talkie
et dit : Nathalie, Nathalie, Summit, Summit, Summit!!! |
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| Résumé
des évènements depuis le début |
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22.03.99
Lundi |
NOUVEAU
DÉPART Vous le
savez sans doute, Bernard est reparti pour une
seconde tentative à l’Everest.
Cette fois, il tente sa chance dans la période
du printemps. Les statistiques démontrent
que la fenêtre de beau temps est plus
favorable au printemps, mais qui sait ? Une
toute petite équipe est en place. Bien
sûr, j’accompagne Bernard et comme
la dernière fois, je consacre mes journées
aux communications, photos, films... sans oublier
d’être près de lui pour partager
chaque instant. Son compagnon de cordée
est Dorjee Fulelee Sherpa. Bernard l’a
connu à sa première tentative
et souvent ils ont grimpé ensemble. Depuis
97, ces deux hommes correspondent régulièrement.
Bernard lui porte beaucoup d’admiration.
Il est un alpiniste très très
expérimenté, un gars sensible,
un ami. L’équipe est complétée
par un cuisinier et un ami de Dorjee. Plusieurs
expéditions sont présentes au
camp de base; beaucoup plus d’alpinistes
qu’en 97. L’itinéraire demeure
le même, soit par le versant népalais
avec un camp de base et quatre camps d’altitude.
Cela réconforte Bernard de connaître
une grande partie du parcours, mais l’imprévu
demeure le danger le plus important. Encore
une fois, plusieurs entreprises le supportent
et Bernard tient à les remercier. Toutes
les expéditions nécessitent une
grande précision, de la minutie et tout
devient important. 200 kilos de choses essentielles
et légères !!! Vous tous commanditaires,
fournisseurs de produits, partenaires, avez
apporté chacun un bout de corde; tous
ces bouts de corde, une fois assemblés,
relieront le camp de base au sommet.
Depuis que Bernard a aperçu
le sommet, le sommet n’a jamais quitté
sa pensée mais il ne suffit pas d’y
être, il faut d’abord s’y
rendre et en revenir. Il conserve encore une
place, dans son sac à dos, pour y mettre
quelque chose d’impalpable, le goût
de vivre. Dans quelques semaines, bien au-dessus
des nuages, il sera sûrement émerveillé...
encore une fois. |
24.03.99
Mercredi |
On
aperçoit Dorjee. Kathmandu.
Un collier de fleurs véritables nous est
offert. Bernard savoure ce moment. Enfin il retrouve
celui avec qui il souhaite toucher le ciel, du
haut du monde. |
25.03.99
Jeudi |
Check
list, check list, check list, permis, papier,
signatures, rendez-vous, achats... et rencontre
de Prim Sherpa notre cuisinier du camp de base. |
26.03.99
Vendredi |
Dorjee
achète les drapeaux de prières, du riz, de lencens,
des brindilles... pour la cérémonie religieuse
prévue au camp de base. Bénédiction dun
moine Tibétain dans un monastère de Kathmandu.
Nous rencontrons notre ami Fausto De Stefani,
cet illustre alpiniste italien qui a complété
lascension des 14 sommets ayant 8000 m
et plus. Il ira rejoindre son compatriote et
compagnon de cordée Sergio Martini qui tentera
lEverest son dernier sommet de cette prestigieuse
collection... En 1997, Bernard avait grimpé
avec eux. |
29.03.99
Lundi |
Le
Twin Otter se pose dans le village de Lukla à
2 800m d’altitude.
Bernard retrouve Chwangba Sherpa. Il aidera l’expédition
au transport et à l’installation
des campements d’altitude. Quelques Km pour
rejoindre le village de Phakding et on s’installe
chez Dorjee. Sa femme, son fils, beaux-parents
etc... partageons un repas. Demain, départ
vers le camp de base. Bernard semble très
heureux et surtout très concentré.
Il a décidé d’offir toute
son énergie à l’Everest. |
30.03.99
Mardi |
Installé
sur un rocher, Bernard observe l’Everest.
Rien ne lui ferait détourner son regard.
Nous sommes encore très loin de la montagne
et déjà il semble en être
envahi. |
07.04.99
Mercredi |
Nous
sommes à 5 000
mètres d'altitude à 2 jours
du camp de base. La santé va bien. Pas
de problème d'acclimatation. Il neige,
ne fait pas très chaud et il vente beaucoup
vers l'Everest. Tout va bien du côté
logistique. Lorsque nous serons au camp de base
ce sera plus facile de communiquer avec Montréal
car nous pourrons installer les panneaux solaires
nous permettant d'avoir de l'énergie
et recharger les piles des téléphones.
Nous marchons lentement. Une simple
entorse de cheville sur ces sentiers cahoteux
pourrait l’empêcher d’escalader.
Même attention pour la nourriture et les
courants d’air... surtout pas de grippe!
Tout au long de cette marche d’approche
nous rencontrons des sherpas avec qui nous avions
partagé l’expédition de
97. |
10.04.99
Samedi |
Arrivée
au camp de base, 5 400m. Installation
des tentes. Vérification du matériel
et montage du système d’énergie
solaire. Dorjee est très occupé
à vérifier les centaines de kilos
de matériel porté par les yaks.
Nuit froide, l’Everest, sa cascade de glace...
tout y est. |
12.04.99
Lundi |
Rencontre
des autres équipes. Le camp de base devient
un véritable village. Déjà
une centaine de personnes s’y sont installées
et d’autres sont attendues. Les sherpas
sont occupés à bâtir l’autel
pour la cérémonie bouddhiste appelée
Puja, prévue dans quelques jours. |
14.04.99
Mercredi |
Lever
très tôt. Les sherpas sont affairés
à tout préparer pour la cérémonie
Puja. Ça y est, le moine Lama s’installe
et la prière débute. 2 heures
durant, face à l’Everest, le Lama
récite. Du thé et des biscuits
sont offerts. Une ambiance de fête. J’ose
espérer que les prières sauront
protéger Dorjee, Chwangba et Bernard.
La cérémonie se termine par une
bénédiction des alpinistes, de
leurs crampons et de leur piolet. Les drapeaux
de prières flottent sur notre campement.
Maintenant tout est en place pour débuter
les ascensions d’acclimatation.
 |
16.04.99
Vendredi |
Il
est 4 heures du matin. Il fait nuit. Le
bruit des réchauds nous réveille.
On se lève pour préparer le départ.
Bernard se force pour manger. Je le sens prêt
à débuter cette longue ascension
qui durera peut être un mois. Je l’accompagne
jusqu’au pied du glacier. Dorjee porte exactement
les mêmes vêtements qu’en 97.
Au moins 500m séparent nos tentes du glacier.
On doit traverser plusieurs campements. Certains
alpinistes se préparent eux aussi. Dorjee
et Bernard chaussent les crampons et je lui dit
simplement : "Sois prudent". Je sais
combien l’ascension de la cascade de glace
peut-être dangereuse. Je sais que plusieurs
alpinistes y ont laissé leur vie. Crevasses,
chutes de séracs, échelles à
franchir... En 97 on a même retrouvé
au bas de cette cascade de glace des pièces
d’équipement de la première
ascension Canadienne à l’Everest
en 82. Certains y avaient trouvé la mort.
Je retourne lentement vers nos tentes; à
partir de maintenant, j’aurai toujours avec
moi le walkie talkie, seul lien avec Dorjee et
Bernard. Je vivrai encore cette fois de longs
moments d’attente mais je demeure confiante. |
19.04.99
Lundi |
Ils
sont de retour au camp de base. Tout s’est
bien déroulé. La première
phase d’acclimatation est complétée.
Jusqu’à maintenant notre stratégie
fonctionne à merveille. En 97, Bernard
a du franchir la cascade de glace à 12
reprises. C’est beaucoup trop souvent. Ils
ont donc décidé de dormir au camp I
dès la première ascension et d’aller
au camp II avec une charge légère
pour revenir au camp I et d’y dormir avant
de redescendre. Bernard est fatigué mais
très optimiste. Dorjee retrouve ses amis
sherpas pour une interminable partie de carte.
Quelques jours de repos et préparation
pour la seconde phase d’acclimatation. |
21.04.99
Mercredi |
Installé
dans la tente repas, j’aperçois un
groupe de treckeurs approcher de notre campement.
Je reconnais immédiatement un ami de longue
date de Bernard, André. Bernard estomaqué
court vers André et lui saute dans les
bras. C’était touchant, quelques
larmes et larges sourires. Nous savions qu’un
groupe d’amis d’André se proposait
de venir au camp de base mais André lui,
devait rester dans un village beaucoup plus bas
dans la vallée. Il y a un an seulement
il a subi une sérieuse crise cardiaque...
André et Bernard ont traversé ensemble
en 1978 la Terre De Baffin. Il fut un alpiniste
renommé avec plusieurs ascensions dans
les Rocheuses, les Alpes françaises et
surtout son ascension hivernale du Cap Trinité.
Jasette, jasette... |
22.04.99
Jeudi |
Longue
rencontre avec Goran Krop et sa copine Renata.
On se partage le même emplacement au camp
de base et on envisage d’organiser la tentative
sommitale ensemble. Goran a atteint le sommet
en 96 après avoir pédalé
sur son vélo de Stockholm à Kathmandu!
Excellent alpiniste et surtout joyeux très
joyeux. Il est entouré d’une équipe,
photographe, journaliste, coordonnateur. Son objectif
: appuyer Renata pour qu’elle devienne la
première Suédoise sur le toit du
monde. Quant à lui, il ne sait pas s’il
tentera de nouveau. Échange de sirop d’érable
contre confiture de framboises. |
23.04.99
Vendredi |
Départ
pour la seconde phase d’acclimatation, objectif:
atteindre le camp III à 7 400m
et y passer une nuit. Avant même
que Prim notre cuisinier allume les réchauds,
nous rejoignons Dorjee. Installé devant
l’autel de pierres, il fait brûler
des branches de genévrier et prie. Il lance
du riz vers le ciel. Je constate que même
les sherpas ont toujours une crainte profonde
d’escalader les hautes montagnes. Le soleil
éclaire la cascade de glace et j’aperçois
deux petits points noirs au milieu des blocs de
glaces. La lumière du matin est si magnifique
que je m’installe avec mes crayons et mon
calepin pour esquisser quelques croquis. Photos,
vidéos et notes. Chwangba revient au camp
de base, il est parti monter de l’équipement
au camp II. Il a rencontré Dorjee et Bernard
en route vers le camp II, et tout semble bien
se passer. Bernard est toujours le premier à
quitter le camp de base, parce qu’il ne
veut pas se retrouver dans la cascade en plein
soleil, chaleur, danger d’avalanches et
chutes de séracs. Aujourd’hui des
immenses avalanches sont parvenues près
du camp de base. Heureusement qu’elles sont
d’une montagne voisine. Je n’arrive
pas à m’habituer à ces grondements.
C’est jour et nuit que j’entends ces
chutes de pierres ou de neige. Pourvu que l’Everest
retienne ses neiges... |
26.04.99
Lundi |
Objectif
atteint. Ils ont atteint le camp III hier
et y ont passé la nuit. L’acclimatation
au camp III est très importante et cela
leur donne une bonne idée pour la suite.
S’ils réussissent à s’assoupir
et manger un petit peu ils sauront résister
aux efforts indescriptibles qui les attendent.
Ils sont de retour au camp II. Bernard m’a
raconté tous les détails de cette
ascension par walkie talkie. Sa
tente est installée 100m plus haut qu’en
97 soit 7 400m. Ainsi il est plus
près des fameuses bandes jaunes (rochers
de couleur jaunâtre) qu’il aura à
escalader lors de sa tentative sommitale. Il m’a
raconté qu’il avait atteint le camp
II en 6 heures 30 directement du camp de base
et que Goran Krop le surnommait : "Canadian
Train" celui qui n’arrête jamais!!!
Il me semble si confiant, si déterminé,
si heureux d’être seul avec Dorjee.
Jusque-là tout se passe bien. Son acclimatation
est très bonne même excellente. Il
m’a raconté que Dorjee lui a proposé
de passer la nuit au camp III, ce qu’aucun
sherpa n’accepte de faire. Ils ont mangé,
mais très peu. Du vent, des fortes rafales,
mais rien de plus. Par contre, ils ont une belle
vue de la partie supérieure de l’Everest
et là, ça souffle toujours avec
une puissance inimaginable. Encore trop tôt
dans la saison pour qu’un alpiniste puisse
rêver de faire le sommet. On espère
que le courant jet (jet stream) se pousse vers
le nord pour qu’ils puissent tenter vers
le 10 ou le 15 mai. À la fin mai, il est
déjà trop tard. La mousson laissera
de fortes épaisseurs de neige en montagne. |
27.04.99
Mardi |
Je
les attends au pied de la cascade de glace.
Je m’installe sur un rocher et j’essaie
de les reconnaître au loin parmi d’autres
alpinistes. J’apporte toujours avec moi
la caméra vidéo et l’appareil
photo ainsi que du jus froid pour Bernard et
du thé chaud pour Dorjee. J’aimerais
tellement avoir une vue sur cette vallée
du silence entre le camp I et le camp II face
au Lohtse. D’ici, du camp de base on n’aperçoit
même pas le camp I. Une immense épaule
de l’Everest coupe même la vue de
la pyramide sommitale. Il faudrait marcher pendant
des heures pour arriver à observer l’ensemble
de l’itinéraire et je me retrouverais
trop loin pour intervenir au cas où...
Toutefois, le camp de base offre
un panorama à couper le souffle. Je profite
des lumières matinales pour m’émerveiller.
En début d’après-midi, lorsque
le soleil plombe je me permets une sieste...
prolongée!!! J’arrive à
dormir profondément, les 5400m ne m’affectent
plus beaucoup. J’adore la rusticité
de l’endroit, l’ambiance. Je m’y
sens bien. Il y a seulement une petite ombre
au tableau, les toilettes... Pour me laver,
j'ai résolu la question. Prime le cuisinier
me prépare une large bassine d’eau
chaude que j’apporte dans ma tente. J’y
suis confortable. Bernard m’a toujours
dit qu’une grande tente au camp de base
améliore le quotidien. Il a bien raison,
j’arrive même à m’y
tenir debout.
Ca y est, je les aperçois;
OUF! Chaque traversée de cette cascade
de glace m’angoisse. |
29.04.99
Jeudi |
Deuxième
jour de repos au camp de base. Dorjee fait
sa lessive, Bernard et moi faisons un inventaire
de l’équipement, puisque maintenant
il y a du matériel aux camps I, II,III.
Une fine logistique s’impose. Tout doit
être prêt pour une tentative du sommet.
Le camp de base est devenu fébrile. Beaucoup
d’énervements. Nous ne sommes même
pas en mai et ça discute du sommet. Certains
disent que la fenêtre de beau temps s’ouvrirait
plus tôt cette année et que dans
quelques jours, les conditions pourraient devenir
favorables... Certains alpinistes ayant plus de
difficulté avec leur acclimatation deviennent
pessimistes, car il n’ont toujours pas atteint
le camp III. Ça court d’une tente
à l’autre, les ordinateurs sont tous
branchés pour connaître les prévisions
météo. Bernard, lui, reste calme.
Je ne le reconnais pas, lui qui habituellement
cause à tout le monde... Assis, il observe
la montagne, ses nuages, comme s'il l'écoutait.
Il est aucunement préoccupé des
stratégies qui sont mises en place par
les autres grimpeurs. Je sais qu’il veut
atteindre le sommet, qu’il le désire
plus que tout mais je suis surprise et heureuse
de son attitude... Yves (Laforêt) lui avait
dit de concentrer son énergie... Je crois
qu’il a compris! |
30.04.99
Vendredi |
Oui,
il sont repartis. Dès 4h30, Bernard,
Dorjee et Chwangba ont quitté le camp de
base. Hier soir, après maintes consultations
auprès des équipes et sherpas, la
décision de tenter le sommet fut prise.
On s’attendait tous à 8 jours minimum
de repos, mais la météo semble devenir
favorable. C’est osé, mais ils sont
prêts pour cette tentative. Seulement 2
jours de repos entre la deuxième phase
d’acclimatation et l’assaut final
me semble peu. Je souhaite ardemment que Bernard
se soit reposé suffisamment. Ce matin,
Dorjee m’a rappelé plusieurs fois
que je devrai faire brûler du genévrier
durant toute la nuit de l’ascension vers
le sommet. Avant de quitter, Bernard m’a
serré très fort dans ses bras. Quelques
larmes. Il m’a promis d’être
prudent et de garder toujours en tête que
réussir signifie: atteindre le sommet et
de revenir vivant. Ils ont chaussé leurs
crampons et rapidement je les ai perdus de vue
dans ce labyrinthe glacé. |
2.05.99
Dimanche |
Ils
ont atteint le camp III. 7 400m.
Une courte communication car nous ménageons
les batteries du walkie talkie. Bernard me décrit
la météo, le froid, le souffle
court, la perte d’appétit et surtout
la détermination qui l’habite.
Demain tout sera nouveau puisqu’en 97
c’est là, au camp III que les tempêtes
les ont repoussés à deux reprises.
Goran, Renata et son équipe sont tentés
sur la même plate-forme. Ils arrivèrent
plusieurs heures plus tard. Bernard fut très
rapide. Cela me rassure. En haute montagne la
vitesse est un élément clé.

|
3.05.99
Lundi |
Le
camp IV est atteint, 8 000m. Courte
conversation. Tout va bien. Il m’a dit
que l’ascension des bandes jaunes et de
l’éperon des Genevois fût
beaucoup plus difficile qu’il ne le croyait.
Il a tenu à me décrire la vue
qu’il a sur le Nupste. Il vente toujours
sur l’arrête sommitale. Je l’encourage
à boire et d’essayer de se détendre
puisque dans quelques heures, ils devront repartir,
en pleine nuit, cette fois vers le sommet.
22h.
Je communique avec eux pour les aviser que les
plus récentes prévisions météo
signalent une augmentation des vents et qu’il
faut abandonner l’idée d’une
tentative cette nuit. Il me dit qu’il
avait déjà chaussé les
bottes... J’insiste, j’insiste.
Je lui demande de me rappeler dans 30 minutes.
22h30.
Ils ne partent pas. Les différentes expéditions
présentes au col Sud ainsi que les sherpas
ont décidé de ne pas bouger. Je
l’ai senti très très déçu.
Je lui souhaite bonne nuit en sachant qu’il
ne dormira pas un instant. N’oublie pas
de boire. |
4.05.99
Mardi |
6h
du matin. Je lui ai parlé. Nuit
atroce sans sommeil, tout comme la mienne. Plusieurs
équipes se préparent pour redescendre.
Ils estiment que le temps ne s’améliorera
pas. Quant à Bernard ils ont décidé
de rester pour une tentative la nuit prochaine.
Même décision pour Goran et Renata,
pour certains américains, mexicains,
anglais...
À
8 000m, il y a si peu d’oxygène
que les alpinistes ont souvent beaucoup de difficulté
à demeurer clairs et précis dans
leurs propos. Bernard me semble cohérent.
J’en étais certaine, j’ai
confiance. Je lui conseille de sortir de la
tente, de marcher un peu. On doit se rappeler
à 19h.
19h.
Il a marché le col Sud et m’a dit
s’être rendu au Tibet! Le col semble
être un endroit désolé.
Moitié cailloux, moitié neige.
Le vent se calme. Décision à 22h.
22h05.
Ils tentent le sommet. Bernard se prépare.
Dorjee et Chwangba sont déjà à
l’extérieur à préparer
les régulateurs et bouteilles d’oxygène.
Bernard me rappelle que Dorjee insiste pour
que toute la nuit, il y ait un feu de genévrier.
Je lui répète bonne chance, prudence,
je t’aime. |
5.05.99
Mercredi |
Toute
la nuit, le walkie talkie à la main je
marche entre ma tente et la tente cuisine. Prim
est resté éveillé. Les
réchauds ont fonctionné toute
la nuit. Notre ami Iniaki (célèbre
grimpeur Basque) me rejoint. Il m’encourage
et me répète que Bernard réussira.
Il m’offre de m’accompagner dans
cette attente interminable. Il court vers d’autres
campements et me rapporte des nouvelles. Tout
semble bien aller même si la progression
est très lente due au fait qu’ils
sont les toutes premières équipes
à tenter cette année et qu’ils
doivent installer les cordes fixes à
plusieurs endroits.
Ils sont
au balcon, 8 500m. Le soleil est
levé tout est OK. Le genévrier
brûle et j’avale café sur
café. Partout au camp de base les gens
sont attroupés autour des walkie talkie.
Tous attendent. Je suis certaine qu’il
réussira.
Ils ont
atteint le sommet Sud , 8 700m.
Iniaki me dit: "Tu vois ils y sont presque".
Il croit peut-être que j’ignore
l’itinéraire. Du sommet Sud il
y a cette arête très étroite
et ventée et le fameux ressaut Hillary,
8 mètres d’ascension verticale
sur du rocher. Un obstacle devant lequel plusieurs
grimpeurs ont fait demi-tour. Je sais que cette
partie d’ascension est excessivement dangereuse.
Certains cadavres y sont toujours. J’ai
confiance à l’expérience
de Bernard. Avec Dorjee, il est confiant. Quant
à Chwangba, c’est sa première
tentative vers le sommet. Que c’est long
d’attendre, où sont-ils?
Mon walkie talkie se met à
grésiller, c’est Dorjee, j’entends
"Nathalie, Nathalie, SUMMIT,
SUMMIT, SUMMIT" Hourra, Iniaki
saute, crie, me serre dans ses bras. Chez l’équipe
de Goran, même explosion de joie. Ils
ont dû atteindre le sommet ensemble. Je
porte mon regard vers les nuages. Je suis essoufflée
de joie, mon cœur est tout là haut.
Il est 12h10.
12h50.
Il annonce la descente. J’ai encore
peur. Je sais que descendre est encore plus
dangereux. 13 heures d’ascension, ils
sont épuisés et leur réussite
pourrait les distraire. La plupart des tragédies
surviennent à la descente. Tant qu’ils
n’auront pas atteint le camp IV, je resterai
nerveuse et inquiète. Encore 6 heures
à serrer dans mes mains le walkie talkie,
à sursauter au moindre grésillement
qu’il émet. Plusieurs alpinistes
viennent à nos tentes pour nous féliciter.
Bernard, Dorjee et quelques autres alpinistes,
sont les premiers cette année a toucher
le sommet.
18h00.
Camp IV. Enfin, là je peux savourer
la victoire. Bernard me dit qu’il est
heureux. Il tentera de se reposer, même
entassés à trois dans leur tente.
Je rejoins ma tente et m’écroule
dans un sommeil profond.
|
7.05.99
Vendredi |
Iniaki,
son amie Rachel et moi sommes assis sur un rocher
au pied de la cascade de glace. Nous les attendons.
Je n’ai qu’une hâte, qu’il
quitte le glacier. Ce n’est pas parce
qu’ils ont atteint le sommet que les crevasses
sont plus étroites et moins dangereuses.
Échelles, avalanches, chutes de séracs...
tout peut arriver. Ils mettent beaucoup plus
de temps cette fois. Ils sont certainement exténués.
Le jus est froid, le thé est chaud, il
ne manque qu’eux.
Ils apparaissent au détour
d’un sérac. Ils avancent lentement,
leurs pas sont chancelants. Ils approchent.
Ils sont là. Ils
ont réussis. |
10.05.99
Lundi |
Tout
est emballé, les yaks sont chargés,
la tente cuisine est démontée. L’endroit
redevient qu’un tas de cailloux. Les fêtes,
les bravos, les accolades se sont succédés
depuis leur retour du sommet. Plusieurs alpinistes
n’ayant pas atteint le sommet viennent chercher
des conseils et encouragements. Atteindre le sommet
au début de mai, c’est rapide. On
nous observe plier bagage avec envie et une touche
avouée de jalousie. Goran, Renata et leur
équipe emboîtent le pas, nous partons
ensemble. Trop fatigué, Bernard promet
de me raconter tous les détails de sa réussite
pendant le trek. J’ai hâte mais mon
bonheur est centré sur leur réussite.
Notre stratégie a bel et bien fonctionné.
Aucune blessure, aucun anicroche... une expédition
parfaite. Pour Dorjee, c’est son quatrième
succès à l’Everest. De plus
en plus considéré par tous, comme
l’un des meilleurs sherpas. Bernard a maigri.
Il entrevoit le trek de retour avec un peu d’inquiétude.
Son souffle est court et rapide, mais il est si
heureux. À tous les vingt pas il se retourne
pour revoir le camp de base, pour scruter du regard
la cascade de glace et surveiller les avalanches.
Plusieurs amis tenteront, à leur tour,
dans les jours ou semaines prochaines. Il est
encore arrêté, il regarde encore
l’Everest, il y est encore. |
13.05.99
Jeudi |
L’hélicoptère
se pose enfin. Nous l’attendions hier. L’équipe
de Goran et la notre avons nolisé le vol
qui doit nous conduire directement de Syangboche
à Kathmandu. Les rhododendrons sont en
fleurs, ça sent la verdure et la tempête
semble souffler vers l’Everest. |
17.05.99
Lundi |
Après
des jours de négociations, de fax, de téléphones,
de rendez-vous, nous obtenons enfin le visa de
Dorjee. |
20.05.99
Jeudi |
DORVAL.
Les portes s’ouvrent, parents et amis sont
là. Dorjee sort aussitôt d’une
longue boîte, 3 colliers de fleurs véritables
comme il y a deux mois de cela. |
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Après sa victoire sur l'Everest,
Bernard Voyer a reçu de nombreuses lettres
de félicitations de la part d'amis. Ces grands
aventuriers partagent une passion commune, vivre
des défis.
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27.10.97
Lundi |
CONCLUSION
J'y suis encore. Toujours essoufflé
à me remémorer notre dernière
tentative. Si haut, et si près du but,
presque immobilisé par la tempête,
j'entendais mon coeur battre. Le vent a su traverser
mes vêtements et atteindre mon espérance.
Il m'a crié pendant de longues heures
"retourne!" et pourtant, mes pas me
poussaient toujours vers le haut. Bien au-dessus
des nuages, mon regard pointait le défi,
mes mains serraient la corde, mes pieds s'accrochaient
à la glace bleutée et pentue,
le rêve laissait sa place à la
vie. Le temps s'écoulait, le décor
s'agrandissait, on montait et la montagne attendait.
Les bourrasques de plus en plus violentes nous
obligeaient à progresser à la
manière d'un crabe, de côté
à la montagne pour offrir son dos au
vent, au sommet. Dorjee restait près
de moi, impossible de croiser son regard enfoui
dans le capuchon. Ses gestes, tout comme les
miens, étaient au ralenti. Ses pas fermes
et résolus m'inspiraient et m'incitaient
à poursuivre. Il y avait de la vie tout
près de moi, j'en avais besoin. Le vent
criait toujours de plus en plus fort. Je ressentais
«l'impossible». Je voulais toujours
essayer, encore un pas, un peu plus haut. Il
a suffit d'un geste pour que mes pas s'arrêtent.
Il a suffit d'un demi-tour pour changer ma vie.
Face au vent, juste un instant, j'ai regardé
le sommet.
À bientôt,

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Pour
connaître tous les détails de la
première tentative sur l'Everest en 1997,
lire le journal de
bord 97. |
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