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Bernard Voyer a complété
ce prestigieux Tour du Monde par le plus haut sommet
des sept continents avec comme dernière ascension,
le Mont
Vinson en Antarctique. Il a atteint le sommet
en compagnie de Nathalie Tremblay le 10 décembre
2001.
Je vous présente mon journal
de bord. C'est la transcription de ce que j'ai raconté
par téléphone, la forme du texte en témoigne.
Je tiens à remercier Motorola,
grâce à leur téléphone satellite,
je peux partager cette aventure avec vous.
Bonne lecture !
Bernard Voyer
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11.11.01
Dimanche |
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| Punta
Arenas |
20 H 08, heure du Chili
18 H 08, heure de Montréal
Nous sommes dimanche le 11novembre 2001. Ici
tout va bien. On est bien rentré à
Punta
Arenas dans la nuit de vendredi à samedi,
assez fatigués de tous ces vols d'avion.
Mais tout y était, tous nos bagages et
il ne nous manquait absolument rien. Une fois
rendus à Punta Arenas, nous ne dormons
que quelques heures et nous pensons déjà
à l'organisation des premiers préparatifs
vers l'Antarctique. Ensuite c'est le départ
vers le Parc National de
Torres del Paine, situé à
environ à 450 kilomètres au nord
de Punta Arenas. C'est cette formation
géologique très spéciale
de la fin de la chaîne de montagnes des
Andes, avec ses grandes tours à plus de
2 000 mètres d'altitude, c'est très
très beau.
On
est installé à une soixantaine de
mètres d'altitude. On n'est pas très
haut, mais les randonnées, l'entraînement
se font avec de bons sacs à dos des heures
et des heures de temps, en faisant beaucoup d'altitude,
beaucoup de montée, beaucoup d'entraînement,
on s'est préparé.
Ici,
c'est le printemps.
Donc, ça commence à verdir. Il y
a des pissenlits, les oiseaux sont tout contents,
le soleil se couche vers 22 H et se lève
vers 5 H 30 du matin. Il vente constamment,
ce qui est fréquent à la base de
l'Amérique du Sud. Près du Cap Horn,
les conditions météorologiques changent
souvent. En quelques minutes, il peut y avoir
du fort vent, des nuages, deux ou trois grains
de neige, puis le soleil apparaît, le vent
s'arrête, il fait chaud. C'est très
très instable.
Plus
on regarde vers le Sud, au-delà, loin,
loin, il y a ces grands morceaux de glace au-delà
des frontières de l'Antarctique qui nous
attendent.
Retrouver
tous ces endroits à Punta Arenas me rend
un petit peu nostalgique. Je revis tout, je revois
les endroits que j'ai connu lors de mon expédition
vers le pôle Sud, les préparatifs à Punta
Arenas, etc... ce sont les plus beaux moments...
Bernard |
13.11.01
Mardi |
16 H 34 heure du Chili
14 H 34, heure de Montréal
Bonjour,
Nous sommes toujours dans
le Parc National de Torres Del Paine à
450 kilomètres au nord de Punta Arenas,
à l'entraînement et aux préparatifs.
Nous sommes dans une région de glaciers
et il y a de très très forts vents,
le temps est très instable. Nous devons
retourner à Punta Arenas bientôt,
peut-être demain, pour vérifier si
notre départ vers l'Antarctique est toujours
prévu pour le 16.
Il semble que les conditions météorologiques
extrêmes se soient installées sur
l'Antarctique, actuellement, ce qui pourrait retarder
notre départ. Nous utiliserons pour
le vol de Punta Arenas vers l'Antarctique, un
avion russe. Je vous donnerai les coordonnés
de ces types d'appareils plus tard. Pour l'instant
nous savons qu'il s'agit d'un avion russe et c'est
toute l'information que nous avons. Rendu en Antarctique,
nous utiliserons deux types d'avion, un DC-3 et
un Cessna 185 probablement.
 |
| Le
lac Grey |
Nous sommes aujourd'hui sur les rives du lac
Grey. Ce lac est particulier parce qu'il reçoit
le glacier qui porte le même nom, le glacier
Grey, le plus important glacier du Parc de Torres
Del Paine au sud de la Patagonie. Il mesure plus
de 40 kilomètres de long et il se jette
dans ce lac après peu d'altitude, environ
une soixantaine de mètres plus haut que
le niveau de la mer et il se jette dans le lac
sur une largeur de 7 kilomètres. Ce glacier
est particulier par le fait qu'il soit freiné,
juste à son arrivée, par une immense
île au milieu du glacier qui lui barre un
peu la route. Donc, ce glacier est forcé
de s'évacuer par les deux côtés
de l'île. Cette île a 400 mètres
de hauteur. C'est comparable, par exemple, à
presque la montagne de Bromont. Ce glacier est
affecté par le réchauffement de
la planète car depuis 5 ou 6 ans, on note
un recul de presque 800 mètres. On voit
d'ailleurs les stries sur la roche laissées
par le passage du glacier qui sont assez récentes
si on peut dire, et c'est un glacier qui donne
naissance à beaucoup d'icebergs, pas de
très grande taille, mais qui peuvent quand
même atteindre une vingtaine de mètres
de hauteur. Il prend évidemment naissance
beaucoup plus haut sur les calottes glaciaires,
mais lorsqu'il arrive très bas, il y a
de la forêt. Contrairement par exemple,
lorsqu'on voit des glaciers dans les Alpes Françaises,
la fin du glacier arrive à un endroit où
la végétation est très peu
dense, tandis que là, il y a des arbres
tout près. Donc, il y a un contraste assez
fabuleux.
 |
C'est le printemps ici. À proximité
de ce glacier, des montagnes laissent apparaître
le printemps, avec ses pissenlits et une petite
flore que l'on connaît aussi dans notre
pays au printemps. Il vente constamment; ceci
est propre aux saisons printanières et
estivales de la Patagonie. Curieusement, c'est
l'hiver que le vent se calme, probablement parce
que les chocs entre les températures sont
moins importants.
Nous avons fait de longues randonnées
en montagne, toujours dans le but de s'entraîner
et de nous mettre un peu dans l'ambiance de l'expédition
et aussi de profiter de ce décor qui est
unique. On doit dire que le Parc Torres Del Paine
est également un site protégé.
C'est très beau, un site unique! Une partie
est assez visitée, mais pour accéder
tout près du massif montagnard il n'y a
que des sentiers souvent avec de forts dénivelés
pour s'approcher des tours des sommets. |
16.11.01
Vendredi |
10 H 10, Chili
8 H 10, Montréal
Bonjour !
Nous sommes de retour à Punta Arenas après
notre entraînement dans le Parc Torres del
Paine. Nous avons appris hier que le vol ne serait
pas avant le 21 novembre. Il faut plusieurs jours
de très beau temps pour pouvoir permettre
un vol entre l'Amérique du Sud et l'Antarctique.
Même si aujourd'hui le 16, le temps devient
beau le vol ne sera pas avant le 21 novembre.
Cela nous donne donc plus de temps ici pour encore
mieux préparer notre équipement,
voir à toute la logistique. Nous en profitons
aussi pour faire quelques visites à Punta
Arenas.
Au revoir. |
18.11.01
Dimanche |
Lorsque nous étions à Punta Arenas
en attendant notre départ vers l'Antarctique,
il y a eu un article
d'écrit à notre sujet, Nathalie
et moi, et qui est paru dans le journal El
Magallanes du 18 novembre 2001,
le journal le plus au Sud du monde. |
19.11.01
Lundi |
Bonjour,
Nous sommes toujours à
Punta Arenas. Notre départ est prévu
pour le 21 ou le 22. Les dernières
photos satellites de météo démontrent
encore de très fortes turbulences et du
très mauvais temps sur l'Antarctique.
J'en profite pour expliquer un petit peu Punta
Arenas. Cela signifie "Pointe
de sable". C'est une ville de 125 000
habitants, fondée en 1848. Cet endroit,
ainsi que le Détroit de Magellan, ont été
découverts par l'explorateur portugais
Magellan en 1520. Il voulait trouver un passage
beaucoup plus tranquille à l'intérieur
des terres pour éviter les très
fortes tempêtes maritimes du Cap Horn (c'est
au Cap Horn ce que sévissent les plus fortes
tempêtes maritimes sur terre). Au milieu
de la ville, il y a un parc et une statue rappelant
l'exploit de Magellan. On y voit Magellan, et
assis à ses pieds, il y a deux Indiens.
 |
| La
statue de Magellan |
Sur cette statue il y a une légende qui
dit que si on embrasse le pied de l'un des indiens
de cette statue, cela nous portera chance et signifie
que nous reviendrons vivants si nous allons encore
plus au sud. Cela nous concerne, puisque aller
en Antarctique, c'est d'aller beaucoup plus au
sud qu'ici. Nous avons donc embrassé le
pied de l'Indien tout comme nous l'avions fait
en 1995 avant notre départ pour l'Antarctique.
Punta Arenas vit principalement d'élevage
de moutons et de la pêche de crabes géants
et différents fruits de mer. C'est aussi
un port assez important. Le fait que Punta Arenas
soit sur le bord du Détroit de Magellan
lui offre une assez bonne protection contre les
vents, quoique toujours présents ici à
Punta Arenas.

|
20.11.01
Mardi |
16 H 15, Chili
14 H 15, Montréal
Punta Arenas
Aujourd'hui bonne nouvelle.
Un premier vol a pu se rendre en Antarctique.
On vous explique comment ça se passe.
D'abord, il y a un DC-3, un avion canadien, avec
à bord un seul équipage formé
d'un pilote, d'un copilote, de quelqu'un qui s'occupe
des radios et un mécanicien. Quatre personnes
seulement. Ce DC-3 est parti de Punta Arenas il
y a trois jours, s'est posé sur la péninsule
Antarctique dans une base scientifique britannique
juste à la pointe Antarctique. De là,
ils ont essuyé quelques bonnes tempêtes,
mais ce matin, très tôt, le DC-3
a pu enfin décoller en direction de Patriot
Hills, ce qui constitue le point d'arrivée
de l'expédition.
Ce DC-3 a pu décoller ce matin après
un vol de quelques heures. Il a pu survoler et
se poser sur la glace. Il n'y a pas de piste préparée.
C'est une piste, que l'on peut appeler naturelle,
sans aucune préparation. C'est
la première fois cette année qu'un
avion se pose à Patriot Hills. Ils
ont atterri en mi-journée. Ils ont constaté
l'état naturel de la glace et ils ont fait
une première communication radio pour nous
dire que nous aurons la possibilité de
nous envoler vers l'Antarctique dans la soirée
de jeudi le 22 novembre, ou très tôt
vendredi matin le 23.
 |
| Ilyushin-76 |
L'avion que nous utiliserons sera un avion russe.
Le type d'avion s'appelle Ilyushin-76. C'est un
très gros avion avec quatre réacteurs.
L'avion vide pèse 90 tonnes. Il utilisera
pour se rendre de Punta Arenas jusqu'à
Patriot Hills 35 tonnes de carburant pour un aller
simple et il pourrait prendre 50 tonnes en cargo
(en bagages si on peut dire). C'est un avion qui
vole à 800 km/heure. Il y a une distance
d'environ 3 000 km qui sépare Punta
Arenas de Patriot Hills, soit environ 4 H 15
de vol à une altitude de 9 000 à
10 000 mètres. Le capitaine s'appelle
Vladimir. C'est un équipage de six russes
qui sont de grands spécialistes avec énormément
d'expérience pour réussir à
se poser sur ces espaces glacés.
Cet avion se posera sur roues, et non sur skis
comme le DC-3, sur une piste à flanc de
montagne. Cette piste est un champ naturel de
glace vive, balayée par les vents.
Actuellement à Patriot Hills, il vente
à plus de 90 km à l'heure, la glace
est vive et cahoteuse, mais on estime que le très
gros avion Ilyushin-76 sera capable de poser tout
l'équipement, les gens qui doivent faire
les communications à Patriot Hills, tout
le personnel de sécurité ainsi que
les membres de différentes expéditions
avec leurs différents projets en Antarctique.
Notre départ est
donc prévu, si le beau temps tient bon
et si le vent diminue légèrement
en Antarctique, pour jeudi soir ou vendredi matin.
On considère cela comme une très
bonne nouvelle. Nous sommes très encouragés.
Ici, on a connu des alpinistes qui ont déjà
attendu près d'un mois à Punta Arenas
pour les premiers vols.
Dû aux conditions météorologiques
défavorables de cette année, ce
vol de l'Ilyushin-76 sera le premier vers Patriot
Hills. |
22.11.01
Jeudi |
6
H 00, Chili
4 H 00, Montréal Nous
sommes toujours à Punta Arenas.
Nous venons d'apprendre
qu'il fait toujours mauvais en Antarctique, que
les conditions météorologiques qui
devaient s'améliorer, ne s'améliorent
pas. Il n'y a donc aucun vol de prévu
avant samedi. Nous souhaitons donc pouvoir prendre
l'Ilyushin cette journée-là et puis
se rendre en Antarctique.
Nous espérons que la température,
lorsque nous serons là-bas, sera assez
belle pour qu'on puisse faire notre expédition
de façon sécuritaire et puis rapide
aussi.
Nous avons très très hâte
de partir. Nous marchons énormément
pour garder la forme et nous espérons vous
donner des nouvelles très prochainement
et vous dire qu'enfin nous sommes rendus. |
24.11.01
Samedi |
18 H 15, Chili
16 H 15, Montréal
Bonjour,
Eh bien, nous sommes toujours
à Punta Arenas. Nous avons des rapports
météo à toutes les trois
heures depuis 6 heures ce matin pour vérifier
les conditions météorologiques sur
l'Antarctique. Il y avait eu une accalmie de vent
hier, mais la nuit dernière les vents ont
repris et on attend toujours, d'heure en heure,
un éventuel départ. Tout est donc
prêt. Le départ peut avoir lieu à
n'importe quelle heure, même dans la nuit.
Ici, à Punta Arenas, il y a de la nuit,
mais en Antarctique, il n'y a pas de nuit. Donc,
cela facilite l'atterrissage de l'avion à
toute heure.
Nous sommes donc sur un pied
d'alerte, nous attendons toujours, et cela depuis
le 16 novembre. On espère toujours que
les conditions météorologiques s'amélioreront
dans les heures qui suivent afin de démarrer
notre expédition.
Malgré l'attente,
le moral est excellent et nous profitons de ce
long temps d'attente pour se concentrer un peu
mieux et prendre cela avec beaucoup de philosophie.
Nous ne pouvons absolument rien y faire. Ce sont
les conditions extrêmes de l'Antarctique
qui décident de notre horaire.
Voilà, c'était le message pour
aujourd'hui. Peut-être qu'il en y aura un
autre plus tard si nous avons un avis de départ.
Au revoir. |
25.11.01
Dimanche |
16 H 00, Chili
14 H 00, Montréal
Bonjour,
Eh bien ! Nous sommes encore à Punta Arenas.
Les conditions météorologiques
nous empêchent toujours de nous envoler
vers l'Antarctique. Nous avons maintenant
des rapports de météo à toutes
les trois heures, jour et nuit. Donc, le prochain
sera à 18 H 00 et ainsi de suite, pour
avoir un avis au sujet du décollage. Évidemment,
tout est prêt et nous n'aurons que quelques
minutes pour prendre tous les effets. Tout notre
matériel d'expédition est déjà
à bord de l'avion, il ne nous reste que
des effets personnels à apporter avec nous
dont un petit sac à dos de jour et nous
nous tenons prêts.
Quant aux conditions météo, tantôt
les vents se calment, tantôt se lèvent.
Mais quand les vents se calment, les masses nuageuses
également s'y installent, s'accrochent
au massif montagneux de la chaîne Ellsworth
en Antarctique et donnent ainsi un plafond nuageux
assez bas, ce qui empêche toute visibilité
pour un très gros avion comme l'Ilyushin,
un avion à réacteurs, de se poser
sur une piste naturelle, non entretenue.
Voilà donc le compte rendu d'aujourd'hui.
On attend heure après heure. Nous sommes
le 25 novembre. Notre départ aurait dû
avoir lieu le 16 novembre et il n'y a toujours
aucune personne qui a pu atterrir pour tout de
suite dans le projet d'expédition qu'on
entreprend vers le mont Vinson.
Il faut être patient.
Nous attendons que l'Antarctique nous ouvre ses
portes...
Voilà, c'était le rapport du 25
novembre 2001, dimanche 16 heures.
Au revoir. |
26.11.01
Lundi |
15
H 00, Chili
13 H 00, Montréal Nous
sommes toujours à Punta Arenas!!!
Les conditions météorologiques
en Antarctique ne s'améliorent pas du tout.
Il y a de fortes masses nuageuses, accompagnées
de grands vents, ce qui rend impossible tout approche.
Les prochains rapports météo nous
seront fournis en toute fin de journée
et nous saurons si nous pouvons partir ce soir,
cette nuit ou demain. On ne le sait pas. Pour
l'instant, aucun vol ne peut se poser. C'est
impossible que l'avion puisse se poser dans ces
conditions sur cette piste naturelle de glace.
Voilà, nous sommes en attente toujours
ici à Punta Arenas en attendant notre vol.

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27.11.01
Mardi |
18 H 30, Chili
16 H 30, Montréal
Bonjour,
Eh
bien, voici le rapport d'aujourd'hui.
À
7 heures ce matin, nous avons eu un appel pour
nous préparer assez rapidement car les
conditions météorologiques semblaient
s'améliorer. Une tendance à
de meilleures conditions météorologiques
avait été annoncée. Donc
préparation: nous avons quitté ici
l'hôtel à bord d'un autobus qui nous
a conduit pendant une trentaine de minutes de
route jusqu'à l'aéroport de Punta
Arenas. De là, ce n'est pas un enregistrement
classique, ce n'est ni un vol intérieur
ni un vol international, mais un vol un peu particulier
vers l'Antarctique. L'équipage russe était
présent et on s'est mis à attendre
les conditions météo. Les conditions
météorologiques se sont vitement
détériorées, avec des vents
trop violents amenant des rafales de vent sur
l'Antarctique, empêchant tout atterrissage
possible de l'avion Ilyushin-76 sur la piste naturelle
de Patriot Hills.
Nous
avons attendu jusqu'à 15 H 30, presque
toute la journée, avec des rapports météorologiques
toutes les vingt minutes, sans toutefois obtenir
aucune amélioration. Cette tendance s'est
maintenue toute la journée. La décision
fut donc prise de revenir à Punta Arenas,
de récupérer nos bagages laissés
ici à l'hôtel, mais tout le matériel,
tout notre équipement est depuis plusieurs
jours d'ailleurs dans l'avion Ilyushin prêt
à un décollage.
Donc,
nous sommes de retour, ici, à Punta Arenas,
et puis nous attendrons avec des rapports météorologiques
à toutes les deux heures environ pour un
départ, on ne sait pas quand, pas du tout.
Ce peut être en plein milieu de la nuit.
Nous attendons donc une amélioration.
Ce
fut un faux départ ! Tout était
prêt. Nous avions chaussé le matériel
d'alpiniste, si on peut dire, pour être
prêt à débarquer en Antarctique
dans une bonne tempête et dans une température
quand même assez froide. Et nous sommes
revenus au point de départ en attente de
nouveau.
La
seule chose qui nous console, c'est que la montagne
ne changera pas d'endroit ni d'altitude et la
glace ne fondra pas en Antarctique, ce qui fait
qu'on essaie de se motiver comme on peut et puis
on attend. Il n'y a pas d'autre chose à
faire. On attend de nouveau un autre départ
tentatif, n'importe quand, lorsque les conditions
météorologiques en Antarctique montreront
un petit peu d'accalmie. |
28.11.01
Mercredi |
19 H 40, Chili
17 H 40, Montréal
Bonjour,
Voici les détails de la journée.
Ce matin, il y avait des conditions météorologiques
encore effrayantes sur l'Antarctique, mais à
15 H 00 nous avons eu un appel de l'aéroport.
L'équipage russe demandait que les différents
grimpeurs et skieurs s'y rendent pour un éventuel
départ parce que les conditions météorologiques
et les dernières
photos satellites montraient des améliorations
possibles sur l'Antarctique.
Nous nous sommes donc rendus à l'aéroport.
À 16 H 00, nous y étions et on avait
les rapports météorologiques à
toutes les 20 minutes mais l'amélioration
ne se confirmait pas. Les vents se relevaient
de nouveau, les masses nuageuses arrivaient. On
a attendu jusqu'à 19 H 00 avant que la
décision soit prise par l'équipage
russe pour notre retour à Punta Arenas
et d'attendre un autre appel.
Ce qui fait qu'ici, maintenant, on rencontre
d'autres alpinistes qui ont également comme
projet l'ascension du Mont
Vinson, qui eux avaient prévu, contrairement
à nous, de partir en Antarctique fin novembre
pour une escalade dans la première quinzaine
de décembre, ce qui fait qu'on se retrouve
plusieurs comme on pourrait dire, ceux de novembre
et ceux de décembre. On est pas mal ensemble
et on a eu l'occasion d'en rencontrer plusieurs.
Il y a parmi eux des alpinistes norvégiens,
d'Autriche, d'Écosse, ensuite un japonais,
un australien, un alpiniste de Nouvelle-Zélande,
quelques américains et quelqu'un de Roumanie.
Et si ça continue comme cela, je vous avouerai
bien franchement que le Père Noël
également va se joindre à notre
expédition puisque le temps passe et on
commence déjà à parler de
forts retards.
Le moral est au beau fixe.
On est très concentré sur l'ascension
de cette montagne et il y a peu de choses qui
nous perturberont, en tout cas pas beaucoup pour
l'instant. On attend une météo favorable.
C'est donc évidemment un printemps antarctique
exécrable, des conditions météorologiques
épouvantables jusqu'à maintenant,
ne permettant aucun vol sur l'Antarctique, sauf
ce premier vol de DC-3 qui a pu se poser à
Patriot Hills.
Voilà, c'est une attente pour tout le
monde et il n'y a pas d'autres choses à
faire. Lorsqu'on part pour l'aéroport ça
fait curieux puisqu'ici à Punta Arenas
c'est le printemps. Il y a des arbres en fleurs,
il y a des lilas, des tulipes et on quitte toujours
l'hôtel habillé en hivernal avec
les grosses combinaisons de duvet, d'importantes
et de très grosses bottes d'alpinisme,
les anoraks, le bonnet prêt à la
main, les gants, les sacs à dos et tout,
puisqu'une fois embarqué dans l'avion l'Ilyushin,
ce n'est pas très isolé, il fait
froid, et 4 heures l/2- 5 heures plus tard, en
descendant de l'avion à Patriot Hills,
on est tout de suite dans la tempête de
vent sur la glace à monter une petite tente
de nylon. Et, de là nous attendrons le
vol suivant, le DC-3 qui nous amènera au
camp de base du Mont Vinson.
Donc, plus ça va, plus le contraste est
grand entre nos vêtements, nos préparatifs
et le temps qu'il fait ici à Punta Arenas.
Dehors, on commence à manger de la crème
glacée dans la rue. Les enfants termineront
leurs classes dans une dizaine de jours pour leurs
grandes vacances estivales. Alors, c'est le rythme
qui s'installe ici.
Je vous dis au revoir et à très
bientôt. |
29.11.01
Jeudi |
19 H 00, Chili
17 H 00, Montréal
Bonjour....Bonjour....Ici Bernard Voyer....
Nous sommes enfin arrivés
à Patriot Hills en Antarctique.
L'Ilyushin-76 a pu enfin décoller à
exactement 12 H 30, heure du Chili. Il y avait
de très fortes rafales de vent sur le Chili,
mais peu importait, car après quatre heures
et quinze de vol, donc à 16 H 45, on s'est
posé à Patriot Hills.
Il y avait de fortes rafales et avec le coefficient
de vent, les températures doivent être
à -40°C. Afin d'éviter tout
dérapage, il a fallu beaucoup de distance
avant que l'avion puisse freiner. C'est un avion
qui se pose quand même à une vitesse
de plusieurs centaines de kilomètres/heure.
Tout a été parfait et on a pu récupérer
tout notre matériel.
ON EST ENFIN EN ANTARCTIQUE!
 |
| Patriot
Hills |
Évidemment, le soleil est présent
vu que c'est le printemps ici. Il y a des nuages
accrochés aux montagnes à proximité
de Patriot Hills.Il fait assez froid. Nous sommes
à 876 mètres d'altitude.
Le programme maintenant est d'attendre que le
vent se calme ici également pour pouvoir
prendre un autre vol, n'importe quand. Ça
peut être même demain matin pour s'envoler
vers la base du Mont
Vinson.
C'est
avec beaucoup d'émotion que Nathalie et
moi avons retrouvé l'Antarctique.
On a marché, regardé très
loin à l'horizon. Cela a fait renaître
des souvenirs qui étaient endormis depuis
quelques années. C'est très beau.
C'est toujours aussi beau, la neige est toujours
aussi blanche.
Enfin, on est arrivé et maintenant on
vous appelle de la tente. Il vente fort à
l'extérieur, mais peu importe, on est heureux
! On y est !
À NOUS MAINTENANT LE
MONT VINSON.
À bientôt et j'espère pouvoir
vous reparler le plus rapidement possible.
Au revoir. |
30.11.01
Vendredi |
17 H 35, Chili
15 H 35, Montréal
Bonjour,
Nous voilà enfin au camp
de base du Mont-Vinson,
c'est-à-dire à 2 200 mètres
d'altitude.
 |
| Douglas
DC3 |
Nous sommes partis de Patriot Hills à
bord du DC-3 après 50 minutes de vol longeant
la chaîne de Montagne Ellsworth. Un décor
magnifique, extraordinaire, très beau,
des montagnes qu'on a l'impression qu'elles sortent
de la grande calotte glaciaire de l'Antarctique.
Des falaises, des arêtes, des montagnes
enneigées et aussi des rochers très
noirs, très foncés. On s'est posé
sur le grand glacier Branscomb avec le DC-3, avec
tout le matériel et beaucoup d'équipement.
Il y a eu un survol pour vérifier les crevasses.
Une fois qu'on s'est posé, un Cessna était
là, et nous y sommes monté pour
faire juste 5 minutes de vol afin d'éviter
les grandes crevasses qui séparent la piste
du glacier de Branscomb jusqu'au camp de base
du Mont Vinson. On s'est posé sur un glacier.
Au débarquement, le vent était calme,
il ne ventait plus, il faisait assez froid. On
a tout de suite installé notre campement.
Nous avons une vue très
impressionnante et très belle du sommet.
Tout autour beaucoup d'autres sommets dont le
sommet du Mont Shinn qui est juste l'autre côté
du col et qui sépare le Mont Vinson du
Mont Shinn.
 |
| Le
camp de base |
Les tentes sont installées et demain matin,
on prépare notre départ en direction
du camp I. Au départ, à partir
d'ici il y a déjà quelques crevasses
pas très loin du campement à une
centaine de mètres (150 mètres).
Il faudra bien évaluer le terrain pour
se rendre jusqu'au camp I, ça devrait
nous prendre entre six et huit heures de progression
pour se rendre demain au camp I.
 |
Là on est encore plus en autonomie, on
utilise des traîneaux pour apporter notre
charge jusqu'au camp II: nourriture, essence,
tentes et tout le matériel d'escalade.
À partir du camp II, nous laisserons les
traîneaux puisque la pente est beaucoup
plus raide. Nous devons escalader un glacier qui
nous amènera jusqu'au camp III. Nous partirons
donc du camp II avec moins d'équipement,
beaucoup moins de vivres pour rapidement atteindre
le camp III et y faire une tentative vers le sommet.
Si toutefois le temps se gâtait, c'est un
retour au camp II. En fait, le camp II dans
notre stratégie servira de camp de base
avancé là où on aura un peu
plus de matériel. C'est pour cela qu'on
utilise des luges en plastiques, aussi nommées
pulkas, que l'on traîne derrière
soi, les luges exactement comme celles que les
enfants utilisent pour glisser et sur lesquelles
on peut charger du matériel en plus d'avoir
notre sac à dos, ce qui nous permet de
transporter beaucoup plus de matériel.
Mais lorsque la pente devient trop raide, on
ne peut plus les utiliser. Ici le glacier monte
de 1 000 mètres jusqu'au camp II,
sur une pente relativement douce qui nous permet
de traîner ces luges en plastiques derrière
nous. Mais après, c'est beaucoup plus raide,
on doit utiliser des crampons, installer certaines
cordes, il est donc impossible de traîner
ces luges.
Voila un peu la stratégie et on espère
être capable de communiquer avec vous dès
demain.

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01.12.01
Samedi |
20 H 00, Chili
18 H 00, Montréal
Bonjour,
Nous sommes partis du
camp
de base cet après-midi, à
14 H 00, parce qu'on attendait le soleil.
Le camp de base est situé à 2 280 m
d'altitude. Nous sommes partis au moment où
il faisait le plus chaud parce que c'est déjà
très très froid, spécialement
la nuit et spécialement quand le soleil
est derrière ou caché par une montagne,
ou par les nuages. Alors on a les chances de notre
côté. Nous avons donc progressé
pendant 4 heures 20 minutes et nous sommes arrivés
au camp I, un endroit où on a décidé
de s'installer. Présentement, nous avons
dépassé une zone de crevasses puis
une zone de séracs. Les séracs sont
des amas de glace qui se détachent des
glaciers et qui peuvent s'écrouler n'importe
quand. Nous avons trouvé un endroit que
nous croyons sécuritaire et on y a installé
notre tente. Nous sommes environ à 2 500 m
d'altitude.
Lors de l'escalade nous progressons en cordée,
c'est-à-dire que chaque alpiniste est relié
par une corde et distancé d'environ 5 à
10 mètres, pour permettre, si un de nous
tombait dans une crevasse, ou si la neige s'écroulait
sous nos pas, que les deux autres ou un autre
puissent le retenir. Donc, on progresse sur ce
glacier qui monte régulièrement,
mais qui a des sections très crevassées.
Aujourd'hui, le temps était très
beau. Il faisait froid, mais aucun nuage et vers
la fin de l'après-midi vers les 17 H 00,
les nuages sont arrivés et en Antarctique
lorsqu'il n'y a pas de soleil les températures
chutent dramatiquement. Il fait évidemment
très très froid, la neige est très
sèche. On espère que le beau temps
reviendra pour pouvoir poursuivre.
Objectif de demain: se
rendre au camp II, juste au pied de cette
pente très raide. À cet endroit
le glacier est très crevassé, parsemé
de séracs, celà ressemble à
un gigantesque chou-fleur. Lorsqu'un glacier possède
ces caractéristiques, on l'appelle cascade
de glace. Nous prévoyons escalader
ce chou-fleur après demain. Voilà
un peu l'itinéraire qui nous attend.
Notre tente est installée. On cuisine
à l'aide d'un petit réchaud. On
fait fondre la neige et on utilise souvent les
repas déshydratés ou lyophilisés,
c'est-à-dire de la nourriture séchée
à froid. C'est ce qui se cuisine le plus
rapidement et c'est également ce qui est
le plus léger et non périssable
évidemment. De toute façon avec
ce froid-là, il n'y a rien de périssable,
sauf nous.
Donc, on file, on continue et puis à bientôt. |
02.12.01
Dimanche |
21 H 00, Chili
19 H 00, Montréal
Bonjour
Nous sommes ici au camp
II, à une altitude de 2 935 mètres
mais nous voulions aller un peu plus loin aujourd'hui,
et installer notre camp II à 3 050 m.
Voici comment la journée s'est déroulée.
Nous sommes partis lorsque le soleil est arrivé
sur les flancs de la montagne. On est toujours
avec nos traîneaux, notre charge au complet.
On a traversé un grand champ glaciaire,
assez crevassé. Ensuite quelques pentes
douces, pas très raides, pour nous amener
à un endroit beaucoup plus raide où
les montagnes se resserrent où on entre
dans des passages beaucoup plus étroits,
plus crevassés et surtout un peu plus raides.
À une altitude de 3 000 mètres,
en route vers le glacier très pentu qui
nous mène au camp III, que l'on appelle
la cascade de glace, il y avait en tournant vers
cette étroite vallée où se
jette ce glacier, des rafales de vent très
fortes, qui nous empêchaient presque d'avancer.
Nous avons donc progressé lentement. Quelques
petites engelures au visage, mais rien de grave.
On a atteint l'altitude prévue, soit 3 050
mètres, pour y installer notre camp II,
mais c'était impossible en raison des rafales
de vent et de neige. On a dû retourner,
rebrousser chemin et redescendre un peu, quitter
ce couloir très étroit entre les
montagnes pour aller se mettre à l'abri
à une altitude à 2 935 mètres.
La tempête se lève, les rafales
secouaient la tente tout à l'heure de façon
assez violente. Le beau temps qu'on a eu hier
semble terminé. Toutes les arêtes
rocheuses au-dessus de nous sont constamment soufflées,
c'est l'Antarctique qui parle fort encore une
fois.
Donc demain, nous surveillerons
le temps qu'il fera et on avisera de notre progression.
Si la tempête sévit toujours, on
devra absolument rester ici. Ce serait très
dangereux de s'engager sur cette cascade de glace
dans une tempête.
En passant, le moral est très bon. C'est
très beau. On dort bien, on mange correctement
et c'est parfait. On espère juste un peu
de beau temps.
Au revoir et à bientôt. |
03.12.01
Lundi |
Bonjour,
Nous sommes toujours au
camp II, c'est-à-dire qu'hier, suite
à notre tentative d'aller un peu plus haut,
on s'est rendu vers 3 050 m. On a dû
rebrousser chemin, pour se mettre à l'abri
des très fortes rafales de vent. Nous étions
donc à l'abri, mais ce fut de courte durée.
Quelques heures plus tard, le vent a rejoint le
campement.
Les rafales se sont levées toute la nuit.
Il y a actuellement une
tempête terrible, des vents très
forts et très puissants, d'une vitesse
d'environ 80 à 100 kilomètres/heure,
transportent énormément de neige.
Il serait très dangereux de s'aventurer
à l'extérieur. C'est totalement
impossible. On est donc resté au campement.
Quelques sorties à l'extérieur pour
voir si le temps allait s'améliorer. Mais
ça ne semble pas vouloir changer. Les vents,
les rafales sont terribles. Tout notre matériel
restera sous la tente pour bien le protéger.
Les vents transportent de la neige, des bancs
de neige !
Jusqu'à maintenant, nous sommes toujours
à 2 945 mètres. Et on attend
toujours que le beau temps revienne.
Ce matin ça ne s'améliorait pas,
au contraire, ça empirait. Une visibilité
de 5 à 10 mètres rendant toute progression
totalement impossible, en raison des crevasses
qui nous entourent, et tout ce qui pouvait avoir
de danger par un froid pareil. Nous sommes donc
restés sur place. On en a profité
pour faire un espèce d'inventaire de tout
le matériel et surtout de bien s'organiser
pour que la tente reste bien fixée ainsi
que tout le matériel qui est à l'extérieur
de la tente pour que rien ne s'envole, pour que
rien ne parte dans la tempête.
Voilà, celà a été
le programme d'aujourd'hui. |
04.12.01
Mardi |
21 H 00, Chili
19 H 00, Montréal
Bonjour
 |
Nous sommes actuellement
au camp de base. Oui, au camp de base à
une altitude de 2 200 m. C'est
que ce matin là-haut, à 2 935 m
d'altitude, au camp II, la tempête a soufflé
toute la nuit avec des vents violents.
C'était de pire en pire. La tente a tenu
bon. Cette nouvelle tente Eureka, est extraordinaire,
il n'y a pas d'autres mots. Elle a tenu dans le
vent avec des rafales de plus en plus fortes.
Ce matin, la tempête devenait très
menaçante, on avait de la difficulté
à se tenir debout à l'extérieur
de la tente. Il y avait des rafales énormes,
on a donc décidé de rebrousser chemin,
et de redescendre jusqu'ici au camp de base pour
se mettre à l'abri. Les rafales étaient
si fortes (on les évalue facilement à
80 noeuds), les vents rugissaient à plus
de 145 kilomètres à l'heure, je
peux vous assurer que j'ai connu des tempêtes
de vent dans ma vie, lors de mes diverses expéditions,
mais je pense que celle-là bat tous les
records. Il n'y avait aucune
visibilité, quelquefois ça pouvait
nous soulever de terre, c'était à
peu près INCROYABLE.
Il n'y a eu aucun bris ou perte de matériel.
Rien ne s'est envolé au vent non plus.
On s'est affairé à construire un
mur de neige, faire un abri
et laisser beaucoup de matériel là-haut
qui nous sera utile au-dessus du camp II, de la
nourriture par exemple, de l'essence, un réchaud
et descendre simplement avec un sac à dos
avec le minimum pour rejoindre le camp de base.
Mais, ici, il ne vente pas du tout. Pourtant à
vol d'oiseau, nous sommes peut-être juste
à 4 ou 5 kilomètres de là
où nous étions. La visibilité
était nulle là-haut, on n'y voyait
absolument rien. Ici par contre, on est dans une
masse de nuages, on n'a pas beaucoup de visibilité
non plus, mais il n'y a aucun vent. Donc, pour
l'instant on essaie de rester ici jusqu'au moment
où là-haut ça s'améliorera
pour pouvoir remonter de nouveau, rejoindre notre
dépôt, notre cache, si on peut dire,
retrouver tout notre matériel, réinstaller
notre tente là-haut au camp II et continuer
l'ascension. Évidemment, ça reporte
notre tentative sommitale de quelques jours au
moins.
En résumé, ce sont des vents violents
qui nous ont obligés à redescendre
aujourd'hui. La situation devenait menaçante
et augmentait les risques de souffrir d'hypothermie.
Avec le coefficient de vent, je ne sais pas quelle
température on pouvait avoir au visage,
mais les engelures venaient presque instantanément
au bout du nez et sur toutes les parties exposées.
Voilà et à bientôt. |
06.12.01
Jeudi |
Bonjour
Aujourd'hui ce fut une excellente
journée. Donc, départ du camp de
base...
Lorsque la tempête s'est élevée,
on a laissé beaucoup de choses temporairement
à l'abri. On a retrouvé notre dépôt
à 13 heures 45 et ensuite on a repris nos
traîneaux. On y a mis la charge maximum
et on est monté au camp II, soit juste
au pied de la cascade de glace à une altitude
de 3 120 mètres.
Nous sommes donc à
3 120 mètres. Nous sommes arrivés
ici à 14 heures 45 et c'est une ascension
très rapide. On tire des charges qui sont
très lourdes. Donc, nous avons fait une
progression de 950 mètres de différence
entre le camp de base et le camp II, en 4 heures
35.
 |
Nous sommes très heureux. Il faut dire
qu'il n'y a aucun vent, assez froid par contre,
avec quelques flocons de neige. Mais là,
à notre campement, c'est assez extraordinaire;
il y a de gros morceaux de glace qui se sont détachés
du glacier et il y en a un qu'on appelle un sérac
d'un bleu pur. C'est un immense morceau de glace
haut comme environ un immeuble de trois étages,
et qui nous protège des vents qui descendent
du glacier. Vous
savez qu'en montagne, les vents descendent, ne
montent pas vers le haut du glacier. Ce
sont des vents qui sont refroidis par la glace,
l'air devient plus froid et l'air froid est plus
lourd, il descend du glacier. Ce serac peut-être
là depuis des années, peut-être
dix ans, peut-être quinze ans, puisque ici
ça ne fond jamais. D'ailleurs, je pourrais
vous dire que ça ne fond jamais puisqu'on
est presque en plein été en Antarctique
et je peux vous garantir qu'il fait toujours très
froid. Donc, ce gros sérac (bloc de glace)
nous sert d'abri et nos tentes sont installées
tout près de là.
Le programme de demain est de ne partir qu'avec
un sac à dos. On laisse les traîneaux
ici, on prend le sac dos, une très grosse
charge: crampons, piolets, cordes et on escalade
cette cascade de glace qui a 600 mètres
d'élévation. C'est-à-dire
que c'est un mur de glace, très pentu,
jusqu'à 50 degrés d'inclinaison,
qui est haut comme on pourrait dire le Mont-Tremblant
ou le Mont Ste-Anne, environ
600 mètres de dénivellation pour
atteindre le camp III à 3 700 mètres
d'altitude demain soir, toujours
si le temps le permet.
J'aimerais ouvrir une parenthèse. La croyance
veut que les gens qui partent à l'aventure
ce sont des gens qui n'aiment pas la routine et
qui veulent s'éloigner de la ville, et
s'éloigner d'activités qui sont
très régulières. On donne
souvent l'image qu'on n'aime pas la routine. Au
contraire, en expédition, la réussite
tient souvent à la qualité de la
routine qu'on instaure..
Avec Nathalie, on se connaît depuis très
longtemps, et avec plusieurs expéditions
à notre compte, nous n'avons même
pas besoin de se parler quand on installe le campement.
Je fais toutes les tâches à l'extérieur,
l'encrage de la tente, placer les bagages, les
piolets, sortir toutes les choses des sacs à
dos et je ne fais que lancer cela dans la tente,
et Nathalie organise l'intérieur :
sacs de couchage, matelas isolants, appareils
électroniques, branchements et recharges
de téléphone, carnets de notes,
choses à sécher, et la nourriture.
Tout se fait automatiquement et en sécurité...
C'est comme ça. Il ne faut pas briser cette
routine, elle devient efficace, sans perte de
temps.

|
07.12.01
Vendredi |
19
H 07, Chili
17 H 07, Montréal Nous
sommes au camp III à 3 870 mètres.
En début d'après-midi, nous étions
toujours dans une zone d'ombre en bas, c'est très
froid et nous voulions profiter du soleil pour
pouvoir monter cette cascade de glace. C'est une
pente qui est parfois très raide ayant
environ 600 mètres de dénivelé,
Elle est assez crevassée, et surtout remplie
de séracs, des immenses blocs de glace
qui, par le mouvement du glacier, quelquefois
déboulent ou conservent leur équilibre
précaire. Il est essentiel d'avoir l'il
ouvert.
En fait, aujourd'hui, j'ai été
assez distrait, dans le sens où je ne savais
plus où regarder. Plus on montait, plus
c'était beau à l'horizon. On voyait
les plus grandes étendues glaciaires de
notre planète. Jusqu'à l'horizon
de la glace, des falaises abruptes, des crevasses
bleutées, même
si c'est dangereux, c'est quand même très
beau. Ces séracs de toutes les formes,
gros quelquefois comme des maisons de quatre,
de cinq, de huit étages. On les longe,
on passe dessus, on les contourne, on s'y abrite
pour boire une gorgée de thé chaud.
Il faut regarder bien en avant, ne pas marcher
sur la corde, s'arrêter de temps à
autre pour une photo, en fait je ne savais plus
où donner de la tête tellement c'était
beau, tellement c'était merveilleux. Ici,
au camp III, on est installé sur un col,
un immense plateau qui sépare le mont Vinson
du mont Shinn qui est un peu plus bas que le mont
Vinson de quelques centaines de mètres.
 |
Il fait très froid.
La moindre rafale de vent refroidit tout instantanément.
L'attitude commence à compter, on est un
peu plus essoufflé à 3 870
mètres et on a porté de très
lourdes charges du camp II jusqu'au camp III,
comme prévu. Au camp II, on a laissé
les luges qui nous servaient à monter tout
notre matériel. Pour atteindre le camp
III, un sac à dos bien chargé :
nourriture pour quelques jours, essence, réchaud,
sac de couchage, vêtements, matériel
électronique, trousse de premiers soins
et de réparation, carnet de notes... Et
pourtant, en altitude, chaque gramme devient lourd.
Maintenant au programme demain, croisons les
doigts pour qu'il n'y ait pas de vent, très
peu de vent, parce que ce serait le jour du sommet.
Ce serait notre tentative sommitale demain.
Nous prévoyons
entre huit et dix heures pour se rendre au sommet
et revenir. C'est un fort dénivelé,
environ 1 000 mètres de dénivelé
et puis c'est très long. Il y a une arête
très fine à la fin. Le sommet du
mont Vinson est très difficile: une pente
raide au départ, un terrain crevassé
au départ et il y fait évidemment
très très froid. Donc, on se prépare.
C'est notre dernière nuit normalement avant
la tentative sommitale. Il faut bien manger, bien
dormir pour pouvoir réussir, atteindre
le sommet du mont Vinson demain. On ne sait pas
encore à quelle heure on partira. Ça
dépend de notre sommeil de cette nuit. |
08.12.01
Samedi |
11 H 22, Chili
9 H 22, Montréal
Il n'y aura pas de tentative
aujourd'hui. Voilà la nouvelle !
Le vent s'est élevé, a commencé
à souffler vers 2 H 00 cette nuit et il
y a des rafales d'environ de 30 noeuds, autour
de 50 kilomètres à l'heure. Il ne
fait pas très froid parce le temps est
couvert, mais c'est quand même assez froid.
Il y a de bonnes rafales de vent, mais rien de
comparable avec l'autre tempête, mais quand
même une tempête qui nous empêche
toute progression, car il n'y a aucune visibilité.
Il serait très dangereux de s'aventurer
vers une tentative sommitale. On n'y voit absolument
rien et puis, il faut simplement le dire, il serait
inutile de faire une tentative sommitale, pas
seulement à cause du danger encouru, mais
aussi parce que nous allons au sommet pour voir
quelque chose et dans ces conditions on y verrait
rien.
Les 4 tentes sont rassemblées ici au camp
III, sont attachées les unes aux autres
par de la corde pour s'assurer qu'elles tiennent
bien le coup, entourées de blocs de neige
pour mieux affronter les rafales. Dans ces tentes,
il y a une équipe américaine dirigée
par Jason Edwards qui a vaincu l'Everest au printemps
dernier et dans une autre, il y a un roumain du
nom de Konstantin Lapatufu, qui a également
vaincu l'Everest il y a quelques années.
 |
Nous sommes donc trois "summiters"
de l'Everest réunis. On est capable entre
deux rafales de partager quelques souvenirs de
la plus haute montagne du monde. Mais en attendant,
on est confiné à notre tente encore
une fois, au cycle du brossage, du dégivrage,
du pelletage à l'extérieur, de tout
vérifier pour que rien ne parte au vent
et aucune tentative ne se fera aujourd'hui à
moins que le temps miraculeusement s'ouvre, que
le ciel devienne bleu, que le vent cesse. On pourra
à ce moment-là partir très
tard aujourd'hui, voire même cette nuit,
ce qui serait très surprenant.
Le moral tiend bon quand
même. Ce sont les règles de
la montagne. C'est la montagne qui impose son
rythme. Il y a des ascensions qui peuvent parfois
paraître un peu simples mais qui deviennent
très compliquées dues aux conditions
climatiques. Ici, il faut maintenant rationner
un petit peu, faire attention à notre nourriture
puisque nous étions monté au camp
III avec trois ou quatre jours de nourriture,
sachant que ça prend une journée
à monter au sommet et y revenir. C'est
la même chose pour l'essence qui fait fonctionner
nos réchauds. On doit donc maintenant faire
face à un rationnement.
13 H 33, Chili
13 H 33, Montréal
Le temps ne s'est pas
amélioré, les rafales sont toujours
autour d'une cinquantaine de kilomètres
à l'heure. Il n'y a aucune visibilité,
à plus de 10 à 20 mètres.
Une neige très fine qui souffle avec cela,
une température qui doit être à
-25°C, - 30°C Rien ne s'arrange. On ne
peut pas voir. Il n'y a aucun bout de ciel bleu.
On n'a aucun repère pour voir si ça
va se dégager. On se prépare à
rester ici peut-être pour une journée
ou deux. On se dit que si cette perturbation-là
ressemble à la précédente,
elle durera quelques jours. Mais curieusement,
même dans cette tempête-là,
je ne sais pas, mais j'ai le sentiment d'être
privilégié quand même d'être
en Antarctique, d'être sur ce beau continent,
là où il n'y a aucune couleur, sauf
la couleur des roches et le ciel bleu. |
09.12.01
Dimanche |
Bonjour,
 |
Nous sommes toujours sous
la tempête au camp III, à
3 870 mètres. Un bonne tempête,
les vents se sont levés, aussi forts que
l'autre tempête que nous avons eu en milieu
de la semaine dernière. Ça
souffle très fort. Aucune possibilité
de faire toute progression. Aucune visibilité.
Beaucoup de neige, une neige très fine
et qui crée des bancs de neige assez impressionnants
à l'extérieur. On n'aperçoit
presque plus la tente voisine qui est à
deux mètres de la nôtre. Il s'est
créé un banc de neige de plus d'un
mètre cinquante de haut. C'est assez impressionnant
et aussi cette neige très fine s'entasse
sournoisement (comme je pourrais dire) pour écraser
la tente littéralement. Ce qu'il faut faire
évidemment, c'est sortir pour aller pelleter.
Mais sortir, signifie qu'à la première
ouverture que l'on fait, il y a des rafales, il
y a beaucoup de neige qui entre dans la tente.
Il faut sortir. On n'y voit absolument rien, on
a beau mettre des lunettes de ski, on n'y voit
rien. Il y a énormément de rafales,
le visage nous givre instantanément et
il faut pelleter. Pelleter délicatement
évidemment pour ne pas heurter la tente.
Il faut pelleter aussi pour retrouver des choses
qu'on a laissées à l'extérieur.
Puisqu'une petite tente dans les hautes montagnes,
ce n'est pas très grand. Il y a deux vestibules
à la tente, le premier devant est consacré
à la cuisine où il y a le réchaud,
les bols, les casseroles, le thermos, etc... On
doit marcher, ramper entre tout cela et le deuxième
à l'autre bout de la tente, est consacré
à mettre les sacs à dos, les crampons,
différents équipements qu'il n'est
pas nécessaire d'avoir dans la tente. Aussitôt
que l'on fini de pelleter, ça se remplit
de nouveau. Mais en fait, ça nous active,
ça nous tient le moral et on fait quelque
chose.
Le reste du temps est consacré, si on
est capable, à faire quelques photos et
aussi à la cérémonie du brossage
qu'on vous a déjà décrit
plus tôt. On apporte une brosse en montagne,
car c'est une chose essentielle. Nous sommes les
seuls d'ailleurs à avoir une brosse ici.
Tout le monde nous l'emprunte. En fait, on pourrait
la louer, ça pourrait nous aider à
payer notre billet d'avion, puisque | | | | |