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DU PÔLE SUD AU PLATEAU MONT-ROYAL |
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Article
paru dans Le
Devoir - 22 mars 1996
Bernard Voyer parle d'hiver
comme on parle d'amour
Depuis un mois et demi, Bernard
Voyer dort dans un lit chaud avec sa blonde. Fini
le froid. Il est revenu du pôle Sud épuisé
et savoure maintenant l'arrivée du printemps
en regardant par la fenêtre les branches
du parc Lafontaine.
À sa descente de l'avion
qui le ramenait au pays, il s'était promis
de dormir, de beaucoup dormir. Puis de s'asseoir
et d'écrire, avant de raconter sa fabuleuse
randonnée. Il en est là.
Il est encore un peu fatigué,
mais il est heureux. Satisfait de ce qu'il a fait,
mais surtout comblé par l'accueil que lui
a réservé le public. Dans la rue,
on le reconnaît et on le félicite.
Certains le montrent du doigt, d'autres, plus
impressionnés, restent bouche bée.
Son égo est désormais nourri au
diesel et si plusieurs l'admirent en silence,
d'autres lui demandent carrément son autographe.
À l'épicerie et au
restaurant, tout est maintenant plus long. On
l'arrête et on le questionne. Malgré
les dizaines d'entrevues qu'il a données,
on veut encore savoir s'il s'est découragé
en Antarctique, ce qu'il a mangé là-bas,
s'il s'est engueulé avec son compagnon,
Thierry Pétry...
Lui répète: 1500 kilomètres
de marche, 63 jours d'expédition, des températures
de -40°C, des vents de 100km/h...
En public, Voyer parle toujours
de l'aspect humain de sa traversée. Très
peu du reste. Même chose en entrevue, où
sciemment il banalise tout le volet technique
et physique de l'expédition. Comme si cela
n'avait aucun intérêt.
Des heures durant, il peut discuter
des pensées qui l'ont habité au
pôle, de la grandeur de l'Antarctique, de
la force, morale surtout, nécessaire pour
éviter d'y laisser sa peau. "Un jeune
de 20 ans ne reviendrait jamais de là vivant,
dit-il. Il n'aurait pas assez de souvenirs pour
meubler ses pensées. Car la clé,
c'est de savoir se motiver"
Parler de son entraînement
et de la préparation technique de l'expédition
– qui a pourtant duré trois ans –
très peu pour lui. "C'est une affaire
de cœur, ce voyage-là". En lui
tordant le bras, on apprend que lui et son compagnon
Thierry Pétry ont mangé du canard,
du veau et des crevettes en Antarctique, gracieuseté
de Petit Extra, un restaurant de la rue Ontario
qui tenait mordicus à apporter sa contribution
à l'expédition. On apprend aussi
que toute leur nourriture avait été
lyophilisée (séché à
froid) grâce à un procédé
extrêmement sophistiqué développé
par une petite entreprise de Lachine, appelé
Lyosan, et que tous les menus avaient été
soigneusement analysés et préparés
par le Centre d'innovation technologique et agroalimentaire
de Saint-Hyacinthe, afin que les deux hommes absorbent
6000 calories par jour, dont la moitié
en gras.
Depuis son retour, les écoles
et les chambres de commerce se bousculent pour
demander à Voyer de donner des conférences
sur la motivation – il en donnera une bientôt
pour le bénéfice d'un groupe de
travailleurs spécialisés dans les
aliments... surgelés!
Son compagnon de voyage, Thierry
Pétry, est de retour à Gaspé,
où il a recommencé à pratiquer
la médecine. Sa main, noircie par le froid,
va mieux; il ne la perdra pas. Bernard lui, patauge
dans ses boîtes sur le Plateau Mont-Royal.
Sa blonde lui a trouvé un nouvel appartement,
début février, et depuis son retour,
les deux mettent de l'ordre dans leurs affaires.
Voyer n'a pas vraiment eu le temps
de souffler depuis qu'il est revenu. Coups de
téléphone aux fabricants de vêtements
qui l'ont habillé pour l'expédition,
rapports sur le matériel utilisé,
rencontres avec les commanditaires et les amis,
préparation de son film et de la série
de conférences qu'il doit donner ce printemps,
il respire encore par le nez mais court après
son air.
Il s'ennuie du pôle, il en
rêve même. "Ça, c'est
quand j'arrive à dormir", dit-il.
Son sommeil est agité et il se réveille
parfois en chaleur, la nuit, peu habitué
encore à dormir sans manteau et les lumières
fermées – en Antarctique, la lumière
est omniprésente. |
Il s'ennuie du froid et de la neige,
mais surtout du vent une passion qu'il nourrit
cependant tous les week-ends en se rendant à
Knowlton, où il a une maison de campagne.
À peine le temps d'ouvrir la porte, il
installe son fauteuil le plus confortable devant
la grande fenêtre du salon puis regarde
droit devant tout ce qui bouge. Des heures durant.
Les lumières fermées et une bouteille
de vin tout près. "J'observe et j'écoute.
Le plaisir qu'il y a à entendre le vent
siffler, à le regarder pousser la neige...
c'est féerique. Une sorte de ballet. Bientôt,
je vais installer un micro à l'extérieur
et le relier à mon système de son
pour mieux l'écouter".
Selon sa force et sa direction,
le vent sculpte la neige (il y en a encore à
Knowlton) et la déplace en créant
des ombres et des lumières. C'est ça
qui le fascine.
"Chaque jour, la chorégraphie
est différente, mais toujours l'ambiance
est saisissante. Je regarde les cristaux se soulever,
j 'étudie leur consistance, leur forme,
c'est fabuleux".
Lorsqu'il fait froid, sa blonde,
pour lui faire plaisir, a l'habitude de prendre
le volant lors de leur retour à Montréal.
Et une fois au-dessus du pont Champlain, Voyer
baisse sa vitre pour regarder en bas. "Il
regarde la glace, dit-elle, il la regarde bouger.
Heureux comme un enfant".
Le froid, c'est sa passion; la Floride,
un test pour ses nerfs. Et c'est pourquoi, prochainement,
il se mettra à travailler à la conception
d'un musée de l'hiver, ici à Montréal.
Comment la glace se fendille-t-elle? Pourquoi
dans un sens plutôt qu'un autre? Pourquoi
un flocon a-t-il toujours six pointes et non pas
quatre, cinq ou sept? À quelle altitude
la neige se forme-t-elle ? Pourquoi à Tadoussace
la glace est-t-elle différente de celle
qui se forme dans la région de Montréal?
"Parler de l'hiver comme d'autres
chantent l'amour, voilà ce que je veux
essayer de faire".
Actuellement, Bernard est à
fignoler le texte qui accompagnera les ../images
filmées lors de son expédition.
Dix heures de bandes vidéo qu'il va ramener
à 60 minutes afin que le public comprenne
bien ce que signifie traverser l'Antarctique.
"Rien à voir avec un trip de masochistes,
vous allez voir".
Entre autres, il racontera au public
qu'une semaine avant le départ, il a reçu
un coup de téléphone du responsable
du terminus Voyageur à Québec pour
l'informer qu'il ne pourrait pas transporter ses
deux traîneaux à Montréal.
Comment ça?
"Vos traîneaux dépassent
de deux pouces la largeur permise dans la convention
collective des chauffeurs".
¨Ca rentre pas?
"Ça rentre, l'informe
le responsable, mais le chauffer refuse de les
mettre dans la soute à bagages."
Après avoir crié un
bon coup, Bernard s'est finalement fait livrer
ses deux traîneaux, mais trois jours plus
tard, deux jours avant de partir pour l'Antarctique,
le téléphone a sonné à
nouveau. Cette fois, les douanes canadiennes,
à Mirabel, l'informaient qu'un colis suspect,
reçu à son intention, venait tout
juste d'être retourné à son
expéditeur, en Europe, parce que jugé
dangereux. Le colis en question était une
boîte dans laquelle se trouvaient... les
piles d'alimentation de son téléphone
satellite.
Panique, stress, nervosité,
c'est de cette façon que sa grande expédition
s'est mise en branle. Et c'est de cette façon
aussi que toutes ses grandes expéditions
ont commencé. Il racontera tout cela bientôt,
quand tout le monde applaudira la fin de l'hiver
sur les terrasses de la rue St-Denis.
Journaliste: Sylvain
Blanchard
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LE
FROID DANS LE COEUR |
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Article
paru le 27 février 1996
Antarctique. Le dernier continent
a l'envers de la Terre, le bout du monde le plus
loin du monde, le plus au sud de notre imagination,
immense trou blanc ride, frappe par les vents,
le paradis du froid.
Antarctique, basculée par
la force de gravite, et moi bascule par la gravite
du moment. Un grand moment frissonnant. Il y a
longtemps que je voulais rencontrer Bernard Voyer,
cet aventurier de carrière qui a son bureau
chez le froid. Mais il était toujours a
droite et à gauche, toujours plus au nord,
sur l'île d'Ellesmere ou sur la Terre de
Baffin, au pôle Nord magnétique ou
sur la calotte glaciaire du Groenland, chez son
voisin préfère, le froid. Bernard
Voyer arrive d'une expédition en Antarctique,
au terme de laquelle il a franchi le point le
plus méridional de la planète, le
pôle Sud. Je lui ai donne un petit coup
de téléphone, et malgré l'épuisement,
il m'a reçu. Chaleureusement, il va sans
dire.
Plus maigre d'une douzaine de kilos,
brûle par les rayons du soleil polaire,
Voyer visiblement fatigue. Malgré tout,
il a cette envie inéluctable de raconter.
Et tant mieux pour nous, parce que Bernard Voyer
est un raconteur. "Le périple vers
le pôle Sud est certainement le plus long
voyage que j'ai fait de toute ma vie. C'est un
trip de plein air, mais c'est surtout un long
séjour a l'intérieur de soi-même.
J'ai peut-être traversé la moitié
de l'Antarctique en ski, mais j'ai surtout traverse
ma vie!" Ses yeux bleus et scintillants comme
la glace, plongés dans les nôtres,
nous donnent l'impression d'être la-bas.
De sa voix rauque, profonde et rassurante, il
m'a raconte son rêve deux heures durant.
Son rêve aujourd'hui devenu réalité.
Mille cinq cents kilomètres à ski
et à pied, affrontant des vents dont il
ne soupçonnait ni la puissance ni la froideur,
tirant une charge de 170kg, pendant 65 jours à
-35°C. Mais surtout, l'extrême du froid,
le bout du monde, l'horizon inaccessible. Parce
que pour Bernard Voyer, le rêve c'est la
qu'il se trouve. "J'ai souvent l'impression
que les gens voient l'exploit dans le fait de
surmonter tous
les obstacles techniques qu'amènent un
tel périple. Ils sont impressionnes par
ce que je mange, par comment je me protège
du froid ou par comment je fais pour aller aux
toilettes a -40°C. Je respecte beaucoup ces
préoccupations. Mais ce qu'ils oublient,
c'est tout ce qu'il y a avant le voyage: la profondeur
d'un rêve, les prises de décision
et la préparation. Il faut non seulement
décider de partir pour réaliser
un rêve, mais pour ça, il faut envisager
de peut être y rester. C'est une décision
déchirante à prendre, aussi difficile
que celle qui doit être prise quand le pilote
de l'avion te laisse sur la banquise de l'Antarctique
et te dit "Tu l'as vu l'Antarctique la, envoye,
rembarque, tu vas mourir!"
"Toutes ces décisions
drainent beaucoup d'énergie. Il faut partir
en laissant le monde confortable, pour aller à
l'endroit le plus inhospitalier de la planète,
l'endroit ou il n'y a aucune vie, où il
n'y aura pas d'oiseaux, pas de plantes; un endroit
ou si je m'assois et j'attends un peu, je meurs;
un endroit ou il m'est interdit d'arrêter,
où les vents sont les plus forts de la
planete. En fait, le meilleur endroit pour échouer.
Ces prises de décision sont une très
grande partie de l'expédition. C'est probablement
dans ces moments-la que l'aventurier retrouve
ses plus grandes tempêtes!"
Mais une fois ces décisions
prises, il faut effectivement partir. Et partir,
dans ce cas-ci, ça veut dire aller traverser
le plus grand désert de glace au monde.
Il faut l'entendre quand il raconte l'ultime moment
du vrai départ: "Quand le petit avion
atterri sur la banquise pour te déposer,
il repart très vite. Pendant quelques minutes,
tu entends le moteur s'éloigner, de moins
en moins fort. Puis, a un moment donné,
plus rien. Le vide total. Le silence du froid
qui te dit bienvenue. J'avais déjà
vécu cette expérience a plusieurs
reprises, dans le Nord. Mais j'ai quand même
eu la chienne, comme la première fois.
Ce jour-là, j'ai compris que l'expérience
ne servait à rien. Dans une vie intense,
tout est toujours a recommencer. Je trouve ça
tripant!"
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La
sagesse de ce grand fou du froid étonne.
Je m'attendais à rencontrer un bum de la
nature, qui a traverse quatre fois la Terre de Baffin,
qui a descendu toutes les rivières a la limite
du navigable, qui a traverse les Rocheuses et marche
le désert du Sahara, qui a tout vu, tout
vécu. Mais son humiliation transpire de son
admiration pour les contrées polaires.
"Ma présentation a été
motivée principalement par deux éléments
essentiels, me dit-il. D'une part, je voulais
que cette préparation soit à la
hauteur de mon rêve : grande et profonde.
D'autre part, je trouve que l'Antarctique mérite
qu'on se prépare adéquatement avant
de fouler son sol. L'Antarctique, c'est le dernier
morceau ou l'humain n'a pas encore fait de connerie.
C'est le seul endroit écologiquement parfait,
et cela suscite un respect sans borne. Je le ressens
très intensément quand je monte
ma tente sur deux kilomètres de glace,
et que cette glace est la plus vieille du monde.
Elle est d'une propreté inconnue. Elle
a tellement de secrets... J'ai toujours aime l'hiver,
le vent, le froid. En Antarctique, je suis allé
chez eux, chez le froid. Je ne l'ai pas emprunté
une journée dans une station de ski ou
ailleurs, je suis allé chez lui, dans sa
maison!"
Bernard Voyer a tiré sa maison
pendant deux mois, sur une côte de plus
en plus ascendante au fur et a mesure qu'il avançait.
La force des choses l'a épris d'un instinct
de survie. Le vent glacial, la neige aussi abrasive
que du papier sable, l'extrême fatigue,
l'ennui, le découragement, le danger omniprésent
de se faire engloutir par une crevasse, la fin
du parcours qui semble s'éloigner. Devant
tant d'obstacles, on se demande d'où provient
la motivation de l'explorateur. Ses yeux brillants
expliquent tout ça en quelques secondes:
"La première journée, nous
(lui et son compagnon de voyage, Thierry Petry)
avons skié 3,5km. Quand tu penses à
ça, faut pas que tu saches diviser 1 500km
par 3,5... Ca peut être assez décourageant!
Mais je me disais que chaque petit pas qui était
fait n'était plus à faire. J'avançais,
en pensant aux gens que j'aime, en me disant que
si je voulais les revoir, ça se passait
en avant de mes spatules. J'en suis même
venu à les jalouser, parce qu'elles allaient
arriver avant moi au pôle Sud! Tout en avançant,
j'ai rêvé, j'ai fait le tour du monde
cent fois, j'ai construit les plus grands châteaux
à ma blonde, j'ai senti des fleurs, j'ai
planté des milliers d'arbres, j'ai rénové
ma maison, j'ai pense à mon pré,
à mon fils, à ma blonde, à
l'Antarctique qui m'avait accueillis à
bras ouverts. Je me disais qu'atteindre le pôle Sud ce n'était pas plus compliqué
que de participer à une chasse au trésor.
Quand j'étais plus jeune, le trésor
se trouvait dans une petite boite de métal,
sous un arbre. Aujourd'hui, le trésor se
trouve dans une petite tige de métal, au
sud du Sud, mais dans le fond c'est la même
chose. Le désir d'aventure est le même.
J'aurais presqu'envie de te dire qu'atteindre
le pôle Sud, c'est un jeu d'enfant... J'ai
eu mal partout, j'ai eu envie de rester là
à force d'épuisement, mais j'ai
continue, pour le rêve. J'espère
aujourd'hui que la trace laisse par mes skis a
été effacée par le vent,
pour qu'il redonne à l'Antarctique sa pureté.
Après cette aventure, jamais je n'irai
plus loin que la-bas."
L'entrevue s'est terminée
comme elle avait commencé, par une chaleureuse
poignée de main. Celle-ci m'a fait comprendre
qu'en se traversant aussi intensément,
Bernard Voyer avait compris bien des choses, et
que malgré notre entretien, jamais il ne
pourra expliquer vraiment ce qu'il a ressenti
la-bas. Ce voyage lui appartient, comme le sang
qui lui coule dans les veines. Bernard Voyer a
laissé une parcelle de sa vie chez le froid.
Aujourd'hui, ce froid est plante dans son cœur.
Monsieur l'aventurier, au nom du rêve, merci."
Journaliste: Etienne
Leblanc
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LE
FROID J'AIME ÇA |
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Bernard
Voyer aime la neige, la glace et le froid. Ses
vacances, il le prend... au pôle Nord !
Avec deux amis Français, Bernard a été
le premier à traverser l’île
d’Ellesmere, un périple de 1000km.
Il sont fait cette expédition non pas en
motoneige ni en traîneau à chien
mais en skis de fond. L’île d’Ellesmere,
c’est la terre la plus au nord de la planète.
Là-bas, il n’y a ni motel ni restaurant.
Bernard transporte sa tente, son sac de couchage
et sa nourriture dans un traîneau: une charge
de 145 kilogrammes!
Se rendre au pôle Nord en
skis de fond, c’est comme passer tout l’hiver
à travailler dans la neige, sans jamais
entrer à l’intérieur, même
pour dormir. C’est aussi affronter les pires
tempêtes de neige, à –40°C.
Avec l’effet du vent, on ressent parfois
un froid de –70°C. Jamais on ne subit
un tel froid dans nos régions.
Pendant une expédition, Bernard
se lave avec de la neige (Brrr!); il soupe et
dort dans sa tente... sans chaufrette. Le matin,
il s’habille et déjeune au froid,
ouis repart. C’est comme ça tous
les jours.
L’ennemi numéro 1:
l’humidité
Les explorateurs possèdent
deux sortes de vêtements. Quand ils font
du ski et bougent, ils portent leurs "vêtements
d’action". Cet habillement comporte
plusieurs épaisseurs. Les explorateurs
peuvent donc se déshabiller ou se rhabiller
à mesure qu’ils avancent pour n’avoir
ni chaud ni froid. Quand ils ne bougent plus,
ils portent leurs "vêtements d’arrêt".
Il est interdit de transpirer dans ces vêtemetns
très chauds.
Pourquoi? Dans un tel froid, le
linge mouillé ne sèche pas, il prend
vite en glace.
Pour ne pas alourdir sa charge,
Bernard n’apporte pas d’habits de
rechange. S’il mouille ses vêtements,
il devra les porter jusqu’à la fin
de l’expédition ! Il risque alors
d’avoir très froid et il peut même
en mourir. Une expédition au pôle
Nord, c’est dangereux!
Quand il fait du ski de fond, notre
aventurier s’arrange donc pour transpirer
le moins possible. Mais même s’il
fait très attention, l’humidité
s’accumule un peu partout. L’air qu’il
expire contient beaucoup d’humidité.
Regarde la vapeur qui sort de ta bouche quand
il fait froid!
Durant la nuit, Bernard et ses compères
produisent aussi beaucoup de buée dans
leur tente. Cette vapeur retombe sous forme de
"neige" sur les sacs de couchage. Au
lever, les campeurs doivent brosser ce givre pour
ne pas qu’il fonde. Le matin, ils peuvent
ainsi ramasser plus de deux litres de givre dans
la tente!
Les brosses sont donc des instruments
indispensables pour les explorateurs polaires.
S’ils enlevaient la neige avec leurs mains
bien chaudes, elle fondrait et l’eau pénétrerait
dans les tissus.
Malgré tous ces efforts,
la toile de la tente, les sacs de couchage et
les vêtements deviennent de plus en plus
mouillés... et prennent en glace! C’est
l’enfer.
En plus du pôle Nord, Bernard
Voyer a voyagé à skis dans le nord
du Canada et en Sibérie. Au printemps prochain,
il veut traverser le Groenland. Mais son grand
rêve, c’est se rendre au pôle Sud en traversant l’Antarctique en skis
de fond et ce, sans aucune aide extérieure.
Il partira en novembre 1995, avec son ami Jean
Castonguay. Si tout va bien, ils arriveront au
pôle Sud en janvier 1996. Sais-tu qu’il
y a moins de gens qui ont réussi cet exploit
que de gens qui ont marché... sur la Lune
!
...mais il ne faut pas exagérer
!
Au printemps de l’an dernier,
Bernard Voyer emmenait un groupe de sept Français
en skis de fond au pôle Nord magnétique
(l’endroit vers lequel les aiguilles des
boussoles pointent) Après six jours d’expédition,
quatre personnes ont été ramenées
d’urgence en hélicoptère.
Que s’est-il passé?
Les doigts, les orteils, le
nez, les oreilles et les joues sont très
sensibles au froid. Les quatre amis de Bernard
n’ont pas été assez prudents.
Ils ne portaient pas toujours leurs gants ou leurs
mitaines. En effet, quand ils préparaient
leurs repas ou montaient la tente, ils préféraient
travailler les mains nues. Ils avaient froid aux
mains, mais ils disaient: " Ça va
passer". Ils se sont ainsi gelé les
doigts!
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Comment
cela est-il arrivé? Leurs mains sont d’abord
devenues rouges. C’est un signal d’alarme.
La couleur rouge vient du surplus de sang que le
corps envoie dans la main pour la réchauffer.
Ce sang circule dans les minuscules vaisseaux sanguins
de la peau. Mais quand il fait trop froid, ou quand
la main est laissée au froid trop longtemps,
les vaisseaux sanguins se contractent. Le sang a
de plus en plus de difficulté à circuler.
Eventuellement, la main ne reçoit plus assez
de sang pour être réchauffée.
Elle se refroidit encore plus. La
main devient alors engourdie. On sent moins bien
les objets qu’on touche, mais surtout, on
sent moins bien le froid. C’est justement
parce qu’ils ne sentaient plus le froid
que les amis de Bernard continuaient à
préparer leurs repas sans mettre de gants.
Plus la peau continue à se
refroidir, plus elle devient blanche, dure et
raide. Bref, elle gèle. Pourtant, une engelure
ne fait pas mal. Rappelle-toi : la peau qui gèle
est engourdie. Mais attention quand ça
va dégeler ! Ça pique, ça
élance... Ouille!
Comme une brûlure.
Si la peau n’est pas gelée
en profondeur, ce n’est pas très
grave. Après quelques heures, ça
ne fait plus mal. Mais il arrive parfois qu’un
doigt, une main ou un pied gèle au complet.
De la glace peut alors se former dans les cellules
de la peau, ce qui les endommage beaucoup. De
plus, quand le sang arrête de circuler,
les cellules sont privées d’oxygène
et meurent graduellement.
En dégelant, des cloques
peuvent se former, la peau devient violette et
enfle énormément. Les cloques sont
de petites poches d’eau qui se forment sur
la peau. Tu en as peut-être déjà
eu après t’être brûlé.
En fait, une engelure ressemble un peu à
une brûlure. Dans les deux cas, une température
extrême a brûlé la peau.
Quand on est brûlé
par le froid, il faut se faire traiter par un
médecin compétent. Ça prend
de mois à guérir. C’est ce
qui est arrivé aux amis de Bernard. Mais
cela aurait pu être pire. Si leur exposition
au gel avait duré plus longtemps, il sauraient
dû se faire amputer.
Il n’est pas nécessaire
d’aller au pôle Nord pour se geler
le doigts ! Cela peut arriver en jouant dehors
un après-midi, près de chez toi.
Voici quelques conseils pour éviter les
engelures. 1. Habille-toi assez chaudement : un
bon manteau, une tuque, des mitaines, de bonnes
bottes. 2. Protège-toi du vent: le vent
refroidit très vite la peau. 3. Reste au
sec: quand la peau ou les vêtements sont
mouillés, ils se refroidissent beaucoup
plus vite.
Attention: il ne faut jamais frotter
la peau gelée avec de la neige. Cela la
fera geler encore plus!
La plupart des repas sont constitués
d’aliments déshydratés (séchage
à chaud) et lyophilisés, auxquels
on ajoute de la neige fondue. La lyophilisation
et une technique de séchage à froid
mise au point par la NASA pour les astronautes.
Le café et un produit lyophilisé)
Cela ne prend pas beaucoup de place, c’est
très léger à transporter
et surtout facile et rapide à préparer.
Dans l’Arctique, il n’y
a pas d’arbres. Il faut donc que la tente
soit tendue et attachée très solidement
afin de résister aux grands vents. Pour
la plaquer au sol, on dépose de la neige
sur le tissu (le double toit) qui dépasse
de la tente et on la tape.
Les explorateurs se lavent régulièrement...
dans la neige. Comme il fait trop froid pour que
la neige fonde, ils l’utilisent plutôt
comme abrasif. Cette neige agit ainsi un peu comme
du papier sablé! Tu comprendras que les
explorateurs se nettoient très rapidement.
Si la neige fond un peu sur leur corps, ils doivent
se laisser sécher par le vent.
Par Étienne
Denis
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